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le le mardi 20 janvier, 2009
Quelques réflexions décapantes : Discours d'acceptation de la présidence de la SANB

SANB – 26 octobre 2008

Comme première publication sur mon blogue, je vous propose mon discours d’acception du poste de président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, le 26 octobre 2008.

Je suis très heureux et enthousiaste de pouvoir accepter aujourd’hui l’honorable tâche de vous servir à titre de président de la SANB ( Société acadienne du Nouveau-Brunswick) pour au moins les deux prochaines années. Je remercie les nombreuses personnes qui m’ont jusqu’ici encouragé à assumer de si nobles fonctions, remplies d’exigences. Je carburerai à ces appuis, afin d’entretenir mon énergie à combattre, pour faire grandir ce peuple acadien, cette communauté acadienne qui mérite de continuer de s’épanouir et de s’affirmer…ce sera moins cher que de carburer à l’essence actuelle vues les fluctuations inacceptables des prix qu’on nous fait subir.

Permettez-moi, avant d’aller plus loin de saluer tous ces bénévoles qui ont œuvré ces dernières années à la SAANB, dont principalement ma prédécesseure , Marie-Pierre Simard, qui termine son mandat de quatre ans à la présidence, et si je ne me trompe pas , c’était précédé de deux ans de vice-présidence. Six ans consécutifs de bénévolat à la SAANB, ça se souligne. Peu importe les jugements que l’on porte sur sa présidence, il est toujours plus facile d’être gérant d’estrades que d’être capitaine d’équipe sur la patinoire. Merci Marie-Pierre! Remerciement aux autres membres du C.A.

La première fois que j’ai accédé à la présidence de la SAANB en 1993, ce n’était que pour un mandat d’un an, suite à un accident de parcours lors de la destitution du président précédent. La différence avec aujourd’hui c’est que vouloir la présidence, fait partie d’un choix de parcours. Celui de faire un de mes derniers grands tours de piste patriotiques dans les réalités acadiennes du Nouveau-Brunswick et de l’Atlantique, en souhaitant qu’avec vous, l’on puisse amener notre communauté, notre peuple vers plus d’égalité, d’épanouissement, d’autonomie.
Fierté
Les enjeux vers plus d’égalité auxquels nous avons à faire face sont nombreux, délicats, et souvent complexes. Parce que ces enjeux sont nombreux, il faudra redoubler d’efforts pour leur faire face. Même si les gens du gouvernement provincial ne se lèvent pas nécessairement la nuit pour nous haïr, ou pour trouver des moyens de nous tasser et de nous assimiler, leurs décisions mal avisées provoquent tout de même de l’instabilité profonde au sein de nos institutions. C’est ce que j’ai appelé dans mes chroniques des tentatives de « rebilinguisation ». Nous ne pouvons accepter aucune entreprise de dilution de l’identité acadienne, puisque notre meilleure façon d’être néo-brunswickois ou canadien, c’est d’être acadien et acadienne avant tout, à part entière.

Et on peut même être fier de dire que le Nouveau-Brunswick ne serait qu’une province anglaise comme les autres, si ce n’était pas à cause de nous. Une telle contribution se souligne et mérite des considérations.

Il faut être acadien dans toute la fierté que ça comporte. Être acadien comme meilleur moyen d’offrir aux autres ce qu’on est, et ce qu’on a de meilleur. Être suffisamment acadien pour crier à la face du monde que nous avons enfin la maturité, la volonté et la capacité de gérer nos propres affaires, du moins tout ce qui touche notre âme collective, nos êtres individuels, à savoir la santé et le développement communautaire, l’éducation de la petite enfance aux postsecondaires, la culture, le sport et le développement régional y incluant l’environnement , et l’immigration. En Belgique on appelle cela les « droits personnalisables » : on va appeler ça comme ça ici aussi, si c’est pour faciliter la compréhension!

Le nationalisme acadien qui m’intéresse, c’est un nationalisme d’ouverture, généreux, prêt à accueillir l’autre qui veut venir vivre avec nous, partager notre identité.

Je ne veux plus qu’un seul acadien de cette province subisse d’humiliation pour être qui il est. Je ne veux plus qu’un seul acadien de cette province se voit obliger de demander la permission pour être qui il est. Nous sommes un peuple, et nous sommes acadiennes et acadiens, qu’on se le tienne pour dit. C’est immuable, c’est tangible, c’est réel, et c’est moderne.

Je ne veux plus qu’on se sente plus ou moins acadien, dépendamment d’où l’on vit. Toute personne qui choisit de vivre en français en cette province, et en Atlantique , qui épouse et emprunte la trajectoire d’affirmation nationale de ce merveilleux peuple acadien, est acadien , ou peut s’identifier comme acadien. On doit arrêter de tergiverser sur l’identité acadienne. Je suis donc moi-même un fier acadien, d’origine fièrement brayonne, et d’origine fièrement québécoise, et qui elle aussi avait des origines acadiennes. La francophonie a un nom en Atlantique et c’est le peuple acadien.
Je refuse que l’on s’autodéfinisse et qu’on laisse s’identifier comme communauté minoritaire. Cette appellation est de la sémantique gouvernementale. Nous ne sommes pas des minoritaires, mais bel et bien des égalitaires. Une petite pomme n’est pas moins pomme qu’une grosse pomme. Un petit peuple n’est pas moins peuple qu’un gros peuple
L’identité multiple est un phénomène des temps modernes, mais l’identité première francophone en Atlantique est acadienne. Soyons fiers d’être acadiens et acadiennes, contre personne, mais pour nous. Et je vais m’assurer, quand on discutera à l’intérieur des instances acadiennes que je présiderai, que les participants à ces rencontres n’auront qu’une seule carte de membre dans leur poche, soit celle de la patrie, et non pas d’un parti. En autres mots, que la première allégeance des officiers de la SANB soit la patrie, et non pas leur parti.

Je lance un appel à ce qu’on retrouve le bonheur, la joie, et le plaisir d’être acadiens et acadiennes, entre jeunes et plus agés , entre hommes et femmes dans des rapports égaux, entre régions dans la solidarité, entre toutes les classes sociales pour plus d’harmonie. Il faut que ça arrête d’être une misère d’être acadiens et acadiennes.

Je refuse la thèse de ces chantres d’une Acadie douceureuse, non combattive, ratoureuse, neutraliste pour définir étroitement les Acadiens du sud. Est-ce que les Mgr Richard, Ti-Louis Robichand, Marguerite Michaud, Yvon Durelle, Pascal Poirier, et plein d’autres étaient des moumounes? Comme je refuse qu’on limite les qualificatifs de l’Acadie du nord à une Acadie rebelle, révoltée, frondeuse, combattive. Nous sommes tout cela en même temps, et c’est ce qui fait la beauté et la grandeur de notre peuple. Personne d’autres que nous, acadiens et acadiens, n’assureront la pérennité de notre peuple. Personne d’autres que nous décidera pour nous qui nous sommes et jusqu’où on veut s’assumer comme peuple. En tant que président de la SAANB, je veux que l’on chemine au moins jusqu’à ce que nos batailles passées nous ont permis d’accéder en termes institutionnels. À quoi ça sert d’avoir une loi sur l’égalité des deux communautés linguistiques, et à quoi ça sert d’en avoir inscrit les principes dans la constitution si on ne prend pas les moyens de se doter d’institutions homogènes en français dignes de ce nom ?
Je ne vous demande même pas d’aller aussi loin en termes d’autonomie que moi j’irais individuellement, je nous demande d’aller aussi loin en termes d’autonomie que nos lois et notre constitution le permettent. Est-ce trop demander ?

L’Acadie n’est pas que cigale, elle est surtout fourmi. L’Acadie culturelle est un des plus beaux fleurons de l’Acadie moderne. La SANB sera du côté de ses artistes quand les gouvernements les attaqueront de façon irresponsable sur le plan financier.

L’Acadie est fourmi, à tel point que l’ouest s’arrache les travailleurs acadiens dans des proportions inquiétantes. L’Acadie est aussi besogneuse sur le plan économique à un tel point que le développement économique du grand Moncton , du Madawaska et d’autres régions repose de plus en plus sur le génie entrepreneurial acadien. L’Acadie n’est pas emprunteuse, elle est devenue contributrice. Il faudra clarifier ensemble notre projet de société. Le temps des études est presque terminé, sauf pour une, et on en parlera tout à l’heure. Il est temps de passer à l’action en utilisant les instruments que l’on s’est donné.

Clarté
Il faudra apprendre à être plus clairs, plus limpides, plus simples dans toutes nos demandes. Il n’était pas normal par exemple, que notre conseil d’administration par la voix de sa présidente, déclare dans le dossier de la santé suite à la réforme Murphy, que 95% des attentes en santé étaient rencontrées, alors que nos deux plus grands juristes linguistiques acadiens acceptent de défendre le groupe Égalité santé en français dans le même dossier. Ces messieurs n’auraient pas levé le petit doigt pour le supposé 5% manquant à ce dossier. Cette cause est menée par un groupe du sud-est dont je fais fièrement partie, mais va servir l’ensemble de la communauté. Comme pour les autres causes Summerside, Montfort, Paulin ou Mahé, des individus ou des groupes ont poussé des causes dont l’aboutissement positif resplendit sur l’ensemble de la communauté. La cause du sud-est est celle du besoin de redonner aux Acadiens une régie de santé pleinement francophone de santé contrôlé par les Acadiens, et cette cause aura des retombées positives sur le reste, donc l’ensemble provincial, de notre communauté. On veut reprendre notre butin. En santé, on pourrait adopter le slogan « le sud-est pour le reste ».

Il en est de même pour le secteur de l’éducation, de la petite enfance aux postsecondaires. La plus grande menace actuelle se situe au niveau postsecondaire suite aux derniers plans provinciaux de « rebilinguiser » ce secteur. Notre réponse à ces propositions doit être un non brutal. S’il n’y a plus d’espace pour négocier, il faudra envisager de reprendre le bâton là aussi le bâton juridique du pèlerin, et retourner une autre fois en cour, à regret. Mais, il y a peut-être lieu d’envisager d’employer aussi d’autres méthodes moins orthodoxes ou plus classiques pour faire avancer notre point de vue.

Pout ce qui est de l’ensemble du dossier de l’éducation, comme on dit de la petite enfance jusqu’au postsecondaire en passant par l’alphabétisation, il faudra envahir la Commission de Gino LeBlanc pour faire savoir au gouvernement que seul un système d’éducation homogène en français, mur à mur, est acceptable. On dit souvent que l’argent est le nerf de la guerre. Dans notre cas, c’est devenue l’éducation.

Il est temps que l’on nomme cette volonté de nous assumer pleinement. Cette volonté a un nom que le groupe de travail autour de Rodrigue Landry met de l’avant, et ça s’appelle « l’autonomie culturelle », terme que je voudrais que l’on adopte ensemble. Pour atteindre cette autonomie culturelle, nous avons inventé ensemble un véhicule, et ça s’appelle la dualité. Même si on a été étudié autant que des rats de laboratoire et que nous commençons à en avoir ras-le-bol de toutes ces études, il nous reste une dernière grande étude à faire, et c’est justement de préciser ce qu’implique la dualité en termes de prix, de portée. Nous en avons marre que des politiciens nous rabâchent continuellement qu’ils ne veulent pas de dualité parce que ça coûterait trop cher, et que dans le fond ils n’en savent strictement rien ? J’en ai marre de lire des médias anglophones qui systématiquement dans tous les dossiers prônent des structures uniques et bilingues. Où ces gens ont-ils vécu depuis 40 ans ? Ne savent-ils pas que les Acadiens rejettent les structures bilingues depuis tout ce temps –là, car les structures bilingues sont comme la Tour de Pise, elles penchent toujours du même côté, et dans ce cas-ci, c’est le côté anglophone ?

À moyen terme, c’est à nous de définir ce que ça voudrait dire la dualité dans les droits personnalisables tout étant réalistes et créatifs. Déjà, je me permets d’introduire le concept de dualité asymétrique. On ne peut pas appliquer de façon mécanique la dualité dans tous les secteurs de la même façon. Il est impératif d’avoir par exemple des écoles françaises partout où il y a des petits acadiens, comme la demande semble se préciser à Rothesay, par exemple. Mais on ne peut pas avoir des hôpitaux francophones partout où il y a de l’acadien, mais on doit avoir des structures de services francophones, contrôlées par des francophones, partout où il y a des francophones comme à Fredericton, Saint-Jean, et la Miramichi.

On sait qu’en français, les livres coûtent 20% plus chers. Dans ce cas-là, l’égalité et la dualité veulent dire des budgets majorés de 20%. On sait que les Acadiens vivent majoritairement en milieux ruraux, et la santé coûte plus cher à donner et maintenir en milieu rural. Alors les budgets devront être ajustés en conséquence. La question fondamentale à se poser est à savoir si les gouvernements peuvent se permettre de ne pas payer ce prix s’ils sont sérieux dans leur reconnaissance juridique de l’égalité réelle nos deux communautés (et j’ajouterais de nos trois communautés en y incluant nos frères et sœurs autochtones, dossier sur lequel on devra aussi parfaire notre approche et notre solidarité).

De plus, nous avons un document de références que l’on utilise pas assez souvent, et ce sont « Les actes de la Convention 2004 de la Société acadienne du Nouveau-Brunswick » publié dans la Revue Égalité Numéro 51. Ce livre peut être utilisé comme notre petit livre rouge, bleu ou vert. Il résume la plupart de nos revendications sous l’angle de la dualité. Il faudra en vulgariser et simplifier le contenu, et le distribuer largement. On n’est pas toujours obligé de réinventer la roue à chaque fois.

Il est temps que l’on mette les bouchées doubles pour passer d’une égalité formelle à une égalité réelle. Il est temps que cette province qui se targue d’être le paradis linguistique du Canada au niveau des discours devienne réellement dans les faits ce paradis linguistique. Il faut passer plus que jamais du discours aux actes.

Il est temps que nos gouvernements arrêtent d’infantiliser les relations entre les communautés acadiennes et anglophones de cette province. Malgré le dernier incident de Moncton où les quatre conseillers anglophones ont refusé que Moncton la bilingue se joigne à l’Association francophone des municipalités. Il y aura toujours des dinosaures à quelque part. Mais, je crois sincèrement que la communauté anglophone est plus mûre et prête à cohabiter dans le respect avec une communauté acadienne forte et fière. Je compte rencontrer le plus systématiquement possible la société civile anglophone afin d’échanger avec eux sur nos projets de société et les informer de nos visées. L’épanouissement de notre communauté vers plus d’égalité sera d’autant plus facilité si on sait s’attirer la sympathie et la compréhension d’un plus grand nombre d’anglophones modérés dans cette province. Ces anglophones ont fait une démonstration de cette nouvelle ouverture lors de la lutte pour de l’immersion précoce en français. Je veux les revoir se pavaner avec des pancartes qui disent « we love french », et vous connaissez mes petits penchants pour les pancartes et les « manifs ».

Il est temps que les gouvernements finissent par comprendre qu’une communauté comme la nôtre qui veut s’assumer pleinement, en toute égalité, n’est pas une menace, mais un ajout à l’ensemble de la société. Il est temps que les gouvernements comprennent que « languages are not a threat, but an asset », comme on dit en anglais. Et il est important que ces gouvernements comprennent que, pour qu’une communauté comme la nôtre puisse s’assumer pleinement, ça prend des sous à la hauteur de nos intentions et à la hauteur de leurs législations.

Il faut qu’en ce pays, nos gouvernements arrêtent de considérer notre volonté de grandir et de nous épanouir comme étant suspecte. Il est temps que les gouvernements comprennent que la communauté acadienne n’est pas séparatiste, bien au contraire…mais qu’elle n’aspire qu’à mieux s’intégrer dans les structures politiques de cette province et de ce pays, mais à partir de ce que nous sommes collectivement. Nous ne sommes pas des séparatisses, mais des intégrationnistes en toute égalité, la vraie, la réelle, la généreuse. Mieux encore : il est temps que ces gouvernements comprennent que les institutions homogènes qui servent le mieux tous les citoyens de cette province dans leurs langues sont avant tout des institutions homogènes francophones. Ça aussi, ça fait partie de notre fierté collective!

Mais, un des dossiers qui va surtout m’occuper en début de mandat et tout au long de ce mandat, c’est celui de créer le plus vite possible de meilleurs ponts entre toutes les régions acadiennes et francophones de cette province. (Pour cela, je ne compte pas nécessairement sur le ministre Denis Landry pour m’aider). Il faut colmater des brèches, arrondir des coins, polir les intentions et les jugements de part et d’autres. Le défi n’est pas de créer une unanimité et une pensée unique d’antan, le défi c’est de créer une unité communautaire, une solidarité patriotique d’aujourd’hui. C’est d’ouvrir et d’encourager le dialogue, le débat et la solidarité dans la transparence. C’est accepter nos différentes façons d’être acadiennes et acadiens. C’est prendre plus de temps ensemble à identifier nos convergences tout en respectant nos différences. La solidarité, plus que l’unanimité. Comme je le disais en 1999 à Grand Sault : « apprenons à célébrer nos différences, à identifier nos ressemblances, et à cheminer plus systématiquement dans nos convergences ».

Ça veut dire que c’est aussi donné envie au Madawaska-Restigouche , cette Acadie des terres et des forêts de se sentir elle aussi acadienne avec nous, que nous …de réaliser que les chemises à carreaux, les haches, les scies à chaines, les tracteurs et les champs de patates sont aussi acadiens que les « bots », les filets, le ciré et la cage à homards.

C’est aussi s’assurer que les exilés du nord qui se retrouvent dans le sud amènent avec eux le goût du nord, en s’assurant que son développement économique, social, culturel – son développement global – reste au centre du projet de vie collectif en français au Nouveau-Brunswick. Sans une Acadie du nord forte et épanouie, on risque de se retrouver sans Acadie pour personne. La tenue du Congrès mondial acadien 2009 dans la Péninsule acadienne sera une occasion privilégiée pour resserrer les rangs, pour signifier les solidarités sud-nord et nord-sud. C’est une question de survie collective.

Certains disent que nos travailleurs qui vont vers l’ouest renvoient le fric à la maison, donc contribuent au développement régional; que ces travailleurs développent de nouvelles expertises et de confiance en soi, et c’est très bien; mais que tous aspirent à revenir vivre à plein temps chez eux. Tout cela a un prix social difficile à mesurer surtout en ce qui a trait à l’éloignement des familles.

Quant à ceux qui déménagent dans le grand Moncton, c’est pour y rester semble-t’il, comme fin de route de non-retour. Ces assertions sont probablement vraies. Mais toute l’Acadie néo-brunswickoise doit se regrouper afin de doter le grand nord acadien d’une politique de développement économique d’envergure, sous le modèle d’un plan Marshall. Quand on sait que le Nouveau-Brunswick perd plus de $700 millions de dollars par année strictement à cause des réformes à l’assurance-chômage introduites depuis 1993, ça veut dire qu’il y avait du « cash » dans l’air à quelque part à un moment donné. Avec feu Jean-Maurice Simard, j’ai été un des seuls fous acadiens à réclamer un fonds de rattrapage d’au moins 1$ milliard de dollars pour les communautés francophones et acadiennes de ce pays, afin de remettre entre autres choses le nord acadien sur le « piton économique ». Avec l’inflation, depuis que ces propositions ont été faites, ça prendrait ce millliard, strictement pour la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick. C’est une question de survie, d’épanouissement. Dans ce dossier, on devra faire l’unité. Il faudra être clair.

On doit passer plus de temps à s’entre-aider qu’à s’entre-déchirer. Il faudra être alertes pour démasquer les graines de discorde fomentées par les gouvernements qui savent mieux que nous la portée de l’adage « diviser pour régner et gouverner ». Le nord et le sud, c’est le même combat pour une Acadie forte et épanouie, la nature des combats quotidiens étant quelque peu différente. Vivre en français dans le sud, c’est un rappel quotidien de notre fragilité comme peuple face au géant anglophone d’Amérique du nord. Comme ça se passe dans les villes du nord de Bathurst, Dalhousie et Campbellton. Vivre en français dans le nord, c’est subir l’exclusion économique et institutionnelle à l’année longue. C’est pourquoi on doit s’attaquer ensemble à ces défis, car en bout de ligne, ils deviennent les mêmes combats.

On a toujours été des bons joueurs comme peuple pour faire avancer historiquement nos causes. Nous avons fait des bouts de chemin extraordinaires pour prendre notre place en cette province, en ce pays. Nous devons célébrer nos victoires la tête haute, tout en reconnaissant le merveilleux travail de nos pionniers et de nos ancêtres. Mais nous devons rester vigilants, car tout ce qui a été acquis de longues luttes restent fragiles. McKenna avait du jour au lendemain fait sauter les commissions scolaires. Elvy a fermé l’hôpital de Caraquet de façon abjecte. Mike Murphy s’est débarrassé du jour au lendemain des conseils d’administration des régies de la santé, dont la moitié étaient des élus, y inclus moi. Nous ne sommes pas et ne serons jamais à l’abri de tels soubresauts. Tant que l’on voudra continuer de vivre en français sur ce continent, nous serons propulsés dans une logique de combats, toujours en situations d’alerte et de vigilance.

Fermeté
Je suis, malgré tous mes coups de gueule, reconnu avant tout comme étant un homme de dialogue et de diplomatie. Mais, il ne faut pas qu’on me marche sur les pieds, surtout qu’on ne marche pas sur les pieds de la communauté acadienne. C’est pourquoi je fais aussi mienne cet autre adage qui dit : « pas nécessairement la confrontation, mais la confrontation si nécessaire ». Je vous rappelle que je viens aussi du nord brayon, et que j’ai vécu fièrement dans la Péninsule.

Je serai disposé à rencontrer le plus souvent possible nos élus acadiens, tant fédéraux, que provinciaux et municipaux. Le plus souvent de façon formelle et en groupe, et si possible en caucus acadien. Tout cela dans la plus grande transparence.

Et je compte investir beaucoup de temps en particulier avec nos élus municipaux et l’Ássociation francophone des municipalités. Il n’est pas normal qu’il y ait apparemment jusqu’à maintenant des tensions improductives entre les municipalités et les autres associations de la société civile acadienne, entre autres au Forum de concertation. Que nos élus municipaux veuillent prendre plus de place dans la menée à bien de nos dossiers nationaux doit être perçue de façon positive. Là aussi je compte mettre de l’énergie afin de rendre cette nouvelle dynamique plus productive. Une chose est sûre, la SANB sera la meilleure amie de l’AFMNB dans sa campagne pour encourager le maximum d’acadiens à se regrouper en municipalités. Et ce sera le prochain grand dossier provincial à paraître sur notre radar suite au dépôt imminent du rapport Finn sur la gouvernance locale. Le pouvoir municipal est un des grands lieux de pouvoir politique que les Acadiens peuvent s’approprier, avec l’éducation et la santé, malgré la réforme. On ne doit pas rater cette occasion de bien les occuper.

Participation citoyenne
La nouvelle Société acadienne du Nouveau – Brunswick – SANB – devient à partir d’aujourd’hui le nouvel outil politique par excellence de la communauté acadienne pour continuer d’avancer, de nous épanouir, pour accéder à une égalité de fait. Il faut remettre cet outil dans les mains du grand nombre, ou devrais-je dire du grand monde. On a souvent tendance à définir le grand monde comme celui des 15% qui sont allés à l’université, sont professionnels ou en affaires, ou encore en politique. Je fais partie de ce lot, j’en conviens. Et pourtant on parle aussi du petit monde de la politique, des affaires, de l’éducation. Pour moi, le grand monde, ce sont les 85% d’Acadiens et d’acadiennes qui triment durs à tous les jours pour faire vivre leurs familles et leurs proches. Ce sont tous ces travailleuses d’usines de poissons ou de poulets, ces travailleurs de la construction et du transport, ces personnes à revenu fixe que sont les pauvres et les ainés, ces milliers d’employés de soutien dans nos hôpitaux, nos foyers de soins ou dans les fonctions publiques en général…Il faut que la SANB d’aujourd’hui aspire à devenir l’organisation élargie qui réunit tout ce monde-là. Il faut débarrasser la SANB de son image de quasi club privé qu’il était devenu, et je m’inclus dans ceux qui ont laissé la SANB à se réduire ainsi. Fini ce temps-là!

Il faut remercier l’administration sortante de la SAANB d’avoir su trouver des fonds afin d’organiser des Forums citoyens dans la province. Il faudra profiter de ces moments privilégiés afin d’augmenter nos troupes de bénévoles et de membres citoyens pour cheminer vers plus d’affirmation nationale. La participation citoyenne aux activités de la SANB sera la meilleure garantie pour que la SANB devienne un acteur politique incontournable, avec du pouvoir, auprès des gouvernements.

Un dernier grand souhait, c’est que l’Acadie du Nouveau-Brunswick, cette Acadie que l’on observe avec des yeux envieux et comme un modèle de résilience et d’épanouissement linguistiques chez nos frères et sœurs de l’Acadie de l’Atlantique et dans la francophonie canadienne, je souhaite donc que la SANB retrouve son rôle indispensable de leader auprès des francophonies canadiennes, et même de la Québécoise. La présidence de la SANB me permettra de retrouver ces Acadiens de l’Atlantique auprès de la SNA qui m’est si chère pour y avoir oeuvré, et à la FCFA que j’apprendrai à mieux découvrir. Être un modèle a ses exigences, et je m’assurerai que l’Acadie du Nouveau-Brunswick assume pleinement ce qu’on attend d’elle.

En fait, mon plus gros problème à court terme comme président, ce ne sera pas messieurs Shawn Graham et Stephen Harper. Ce sera de « réapprendre à porter des cravates », ce que je n’avais pas eu besoin de faire depuis 1993. Qu’est-ce que je ne ferais pour vous, pour l’Acadie ?

Être président sans troupe ne mènera pas à grand-chose. C’est pourquoi je vous mets au défi de vous « habriller » de courage et d’énergie avec moi afin de faire de cette SANB un outil de progrès et de renforcement pour notre communauté acadienne, et pour la francophonie canadienne. J’ai ce courage et cette énergie, et ensemble nous cheminerons, nous grandirons, et nous vaincrons comme communauté et comme peuple. J’aime le peuple acadien, et vous l’aimez aussi » : je rêve du jour où ce peuple s’aimera lui-même autant que je l’aime et que voua l’aimez : vive la SANB, et vive l’Acadie!

Jean-Marie Nadeau
jmacadie@nb.sympatico.ca

le dimanche 26 octobre 2008

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