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le le mercredi 30 juin, 2010
Dia-B-logue (8): au prise avec un cerveau qui pose des questions....8ième séance.

Ma femme me demande s'il est de mise de s'afficher seulement en français. Dans son cas, la nouvelle règlementation de l'affichage commercial à Dieppe l'autoriserait pourtant. Or, pour une authentique acadienne, la langue est un élément essentiel de son identité. Donc, ce serait on ne peut plus naturel qu'elle le fasse dans son commerce. Mais, un doute plane au sein de son idéal. Elle veut dialoguer sur le sujet....avec moi le conjoint. 

<Puis-je vraiment lui dire ce que j'en pense..... ?. Je m'en fous de ces questions existentielles. ¨What Matters is What Works ¨(1) exprime bien mon attitude d'individu libertin> me dis-je intérieurement. Mais voilà que mon cerveau, à son accoutumé, se met de la partie. Il prétend être le capteur des vérités et des réalités.  <Ta femme fait-elle montre d'un conflit....a t'elle ..... ?>, parvint-il à lancer dans mon conscient. Pris de court, je secoue énergiquement la tête, espérant que rien de ce sujet ne s'infiltre dans les moindres interstices de mes lobes cérébraux mnésiques.

Mon épouse n'a pu s'empêcher de remarquer ma gesticulation crânienne, tant cela fut étrange. <Mon amour, que se passe t'il avec toi?> me dit-elle. <C'est peut-être des relents piquants d'une pizza trop grasse chez  Macxibuzz?> dit elle d'un ton quelque peu moqueur, tout en continuant à préparer de sa cuisine préférée le repas du soir.  

Quelques tergiversations de ma part n'ont pu stoppé mon cerveau d'effectuer un premier spasme langagier crédible:  <Ma chérie, se pourrait-il que tu te trouves en face d'un conflit ....?>. Immédiatement, il fut suivi d'un deuxième spasme plus signifiant encore: < .....entre faire de l'argent et être toi ?>, lui dis-je.  

La pièce se remplit d'un silence, nonobstant le téléviseur toujours allumé. J'osai croiser ses yeux .....mais le silence persista. Puis, sur son visage apparait un rayonnement. Plus est, elle saute d'excitation dans mes bras. < Ah, mon amour, que je t'aime....toi, tu comprends tout..... de moi. Que tu dialogues bien...... Tu viens de toucher le point......Tout s'éclaire.....Je vois mon dilemme......Enfin, je vais pouvoir composer avec ça > s'exclame t'elle.

Toujours dans un état de perplexité la plus totale, je ne peux que dire:  <Eh! Eh! Que c'est le fun.....hein!>.

Opportuniste comme il se doit dans ce monde devenu précaire, constatant aussi sa bonne humeur, j'ai réalisé que le moment se prêtait bien à lui faire part de ma propre situation....au travail.

L - <Ma Chérie, je ne voulais pas que tu le saches, mais....Il s'est passé quelque chose de terrifiant au travail......En tout cas, ça m'inquiète énormément.....pour l'avenir....>.

E - <C'est pas possible....encore une histoire d'horreur?>.

Elle me prend dans ses bras. Je sors de ma poche arrière et lui montre la lettre ouverte les médecins de l'hôpital G.-L. Dumont publiée dans un quotidien (2).  Il est question de la suspension injustifiée de l'un de leurs collègues, le Docteur Richard Garceau.   

E - <Mais.....il doit y avoir une raison pour une suspension? ...Ce médecin est-il compétent?>.

L - <Oui....il est reconnu partout comme expert dans son domaine>.

E - <Responsable?  >.

L - < Très..... et il se sent imputable aussi; il assume et il répond aux questions; il a d'ailleurs fait des sorties publiques pour informer >.

E - <Assidu?>. 

L - <Toujours à la job.....On peut se fier sur lui>.

E - <Est-il intègre et honnête? Cherche t'il à établir la vérité et les réalités?>.

L -  < Certainement....Il n'hésite pas à s'exprimer quand il se doit....Il voit aux intérêts du public >.  

E - <On dirait un employé modèle!>.  

L - <Certes....mais aussi un être humain avec ses qualités et ses défauts. Il est comme tout le monde....Il n'est pas un robot!>.

E - <Mais alors, pourquoi la suspension?  Ah, ....pas besoin de me le dire. Je connais ce genre de dynamique, étant femme d'affaire. Mon hypothèse est la suivante: avec certains de ses propos, cet employé a du déranger quelqu'un dans la hiérarchie administrative....ou même du côté politique. Tu sais, nous avons tous des points sensibles et des intérêts à sauvegarder. De plus, notre seuil de tolérance a ses limites. Trop pris par des émotions aveuglantes, ces gens de l'administration et du politique ont probablement failli dans leur capacité de discernement pour faire la part des choses. Cela mène tout droit vers une situation d'abus de pouvoir. Même si la suspension s'explique, il n'en demeure pas moins que cela constitue un abus de pouvoir. C'est inacceptable.    

D'autant plus que dans mon idéal de citoyenne à part entière, j'ai une opinion très avancée sur la question. En tant que citoyenne, je suis ipso facto propriétaire de la société dans laquelle je vis. C'est ma société. De plus, je contribue à son fonctionnement entre autres, en tant que payeuse de taxes. Ces vérités établies, je suis donc en bout de ligne l'employeur du médecin Garceau.  

J'apprécie beaucoup ce genre d'employé. Par exemple, avec ses sorties publiques, il fait preuve de compétences, de transparence et d'imputabilité. Ces sorties  ont probablement permis à ma société d'être mieux informée, d'être plus au fait des vérités et des réalités qui existent. Dans notre démocratie, l'information appartient à tous; elle n'est pas là seulement pour quelques privilégiés. Mieux informés, nous tous citoyens et citoyennes, nous serons mieux en mesure de prendre des décisions éclairées, de devenir une société plus juste et mieux portante. Donc, dans ce cas-ci, il n'est pas question d'envoyer des fleurs à une administration ou au monde politique qui se perdent dans leurs émotions et leurs intérêts personnels. L'ensemble de notre société bénéficierait davantage que l'on ramène ce médecin à ses occupations, que l'on le laisse maximiser ses talents, ....et que les joueurs dans cette affaire se parlent pour mieux se comprendre >.

Dès qu'elle a complété son plaidoyer, je me suis pratiquement évanoui sur le divan......renversé par ses propos. Pourtant, avant notre union, elle me parlait tellement bien......de sports et des trucs du genre....

Un urgent besoin de divertissement me monta jusqu'au fait de la tête. Rien qui valle à l'instant présent n'était accessible sur le téléviseur toujours allumé. C'est alors que j'ai imploré, intérieurement: < CERVEAU OÙ ES-TU? CERVEAU OÙ ES-TU? >.

Dans la grisaille de mon corps, émana de nulle part une chaude sensation...un sentiment de sécurité......une paix.....Puis, dans un lobe cérébral jusqu'alors peu utilisé, surgit une réalisation: elle, ma conjointe, sera là pour moi quand  je serai viré.......

Je me suis aussitôt levé...... et je l'ai enlacé affectueusement de mes bras raffermis....

Il y aura une neuvième séance.      

Gilles Thibault     

 

(1) La citation ¨What Matters is What Works¨ a été tirée du plus récent livre de Donald J. Savoie intitulé ¨Power:  Where is it?¨ publié par McGill-Queen's University Press 2010

(2) Lire la lettre ouverte des médecins au Premier Ministre Shawn Graham, publiée dans l'Acadie Nouvelle, édition de mardi le 29 juin 2010, en page 19.

 

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