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le le mercredi 2 juin, 2010
Dia-B-logue (7): au prise avec un cerveau qui pose des questions....7ième séance.
Portrait de Gilles Thibault

De retour à l'appartement, ma journée de travail terminée, des pensées circulent dans ma tête. Elles portent sur mes élucubrations émises lors de la séance précédente avec mon cerveau. A cette occasion, il en est résulté une véritable brèche dans mon système de croyances. J'ai vécu l'impensable et j'ai tremblé de confusion.

Le grand coupable, c'est mon cerveau; celui-là même qui, depuis un bout de temps, me pose des questions. De son propre vouloir, il se veut être le capteur par excellence des vérités et des réalités. Son sujet de prédilection de l'heure est la responsabilité citoyenne!!!! Il dit que sans responsabilisation, l'union fait la farce! A quoi veut-il en venir?

Ma philosophie de vie est pourtant facile à comprendre. En tant qu'individu, je me penses roi et maître de ma vie et je me crois libre de la mener comme je veux. D'ailleurs, je m'imagine bien muni en ce sens. A ce que j'entends tout autour tout le temps, n'y a-t'il pas des droits protecteurs inaltérables? Donc, je me permets de fonctionner selon la mode de mon temps: un moderne individualiste libertin. Je joue ma vie au jour le jour. Pas besoin pour moi de m'encombrer de responsabilités politiques, sociales ou autres. Elles sont trop souvent superflues et inutiles. Pourquoi faire compliquer avec ces questions cérébrales; mieux vaut se laisser aller au quotidien vers une base vitale simple. Je glisse dans l'esprit nomade!      

Et ça marche ....du moins je marchais très bien ....jusqu'à ce que mon cerveau me pose des questions. L'autre jour, il s'est manifesté en grand. Il peut être très agaçant à certains moments!

Ça s'est passé au cours d'une discussion banale avec mon épouse concernant l'achat d'une génératrice électrique. Elle fit un commentaire en rapport avec la création, l'organisation et le fonctionnement de notre union.....et la question du pouvoir! En principe, j'évite ces relents du temps passé. Et mon cerveau, lui aussi, aurait du s'abstenir de toute intervention dans cette situation. Mais voilà, il permit le libre cours des idées. Elles  finirent par se confronter sur l'ensemble du territoire géré par mes lobes cérébraux. Quel gâchis!

 Je me suis retrouvé en état de choc, un conflit s'étant déclaré entre mon individualisme libertin et mon attachement amoureux indéfectible pour mon épouse.  Plus encore, mon cerveau souleva la question qui tue: <Comment vas-tu vivre ta liberté sans borne et vivre en même temps ton amour idéal dans une union?> me demanda t'il.  

La brèche dans mon système de croyances s'est faite quand, à l'évidence, j'ai reconnu mes deux vérités. Ce sont en fait deux besoins qui demandent d'être pensé, d'être organisé et d'être géré dans mon espace mental et dans ma vie. Reconnaissant ces faits, je me suis alors retrouvé dans l'antichambre de la responsabilisation, le devoir de m'en occuper.

La responsabilité de m'en occuper tombe dans le compliqué. Pour me sortir de cet embarras, j'ai eu l'astuce de désigner mon cerveau comme mon représentant légitime. Il a l'habitude de ces questions. Il pourra entamer en mon nom un dialogue avec mon épouse concernant notre union. Je garde en sourdine le pouvoir de décider si j'accepte les termes de l'entente!

Mon cerveau, voyant la combine, a voulu ajouter son grain de sel. Ne voulant pas être pris au piège par ses questions, je me suis engagé dans une  mouvance divertissante. Je me retrouve toujours dans le placard, à ranger la génératrice considérée trop encombrante au salon, quand rentre mon épouse de sa journée de travail.

E - <Mon amour, où es-tu? ....QUE LE TINTAMARRE COMMENCE! (1)>....me crie t'elle dès qu'elle franchit le seuil de la porte.

L - Captant à peine ses derniers mots, je réponds: <Eh, Eh! ....les chaudrons et les cloches ont sonné hier soir, n'est-ce pas! Ce fut l'une de nos belles soirées>

E - Maintenant installée dans la cuisine, elle reprend: <Où es-tu? M'as-tu compris? .....Mon amour....j'ai le droit de M'AFFICHER  comme je veux.... >

L - Encore dans le placard, j'entends à peine audible le mot M'AFFICHER. Je m'empresse de répondre : <oui, oui, d'accord, nous ferons du WNTW.... Je suis pour ça.....J'en suis très CONTENT, ma chérie>

E - <T'es CONTENT pour moi?> reprend t'elle. <J'ai rencontré le maire Jean LeBlanc sur la nouvelle règlementation de l'affichage commercial dans la municipalité de la ville de Dieppe(2)....il m'a tout RÉVÉLÉ....>.

L - <Ma chérie, je ne peux plus attendre..... que tu te RÉVÈLES.....>

E - <....je pense pouvoir m'afficher ... EN FRANÇAIS, svp....>dis-elle.

L - <En FRANÇAIS, en Anglais, en Chinois, en Arabe......COMME TU VOUDRAS, MA CHÉRIE....>

C'est dans la grande presse que je sors du placard pour aboutir sur le divan. D'un ton charmant, je suggère le raccourci... :

L - <Qu'en dis-tu ma chérie....passons le souper.....OK......>

E - De la cuisine, se retournant vers moi, elle me regarde d'un air perplexe, puis ajoute: <Toi-là, je soupçonne que tu as bouffé une pizza toute garnie chez Macxibuzz cet après-midi.....La pause café, mon amour, c'est pour prendre un fruit.....! > Elle ajoute: < Moi, j'ai faim maintenant....D'ailleurs, je veux discuter avec toi du droit de m'afficher dans la langue de mon choix dans mon commerce>.

L - <QUOI....QUOI.....Attend une minute....je croyais que ......Non, mais, soyons sérieux dans notre union....>. Puis, d'un air résigné, j'ajoute:< Ok, d'abord, je te serre une petite frette....comme le dit l'annonce? >.

E - <Non... merci; tu me connais....se sera du Chardonnay....un Blanc ....Pis selon LeBlanc, j'ai le droit de m'afficher en français dans mon commerce culturel. Que ça fait du bien.....enfin!>. < En ce qui me concerne, je considère m'afficher en Français....Mais, est-ce une bonne idée en affaire ?  

Un semblant de dialogue se poursuivi mais sur deux trames DIFFÉRENTES.

Mon cerveau, voyant la situation s'aggravée au sein de l'union, osa poser une question: <Mon cher citoyen enfantin, serait-ce le moment te t'ouvrir aux réalités du moment ? >

J'ai voulu lui donner une tape pour le faire taire, mais je réalisai.... à temps.... que j'en serais le récipiendaire.  

Il y aura une huitième séance de dialogue avec mon cerveau.

Gilles Thibault

 (1) ¨Que le Tintamarre commence¨ par Jean-Marie Nadeau, Les éditions d'Acadie, 1992. Voir aussi la réédition de ce livre.  

(2) ¨Affichage bilingue: un grand jour à Dieppe¨ par Marjorie Pedneault, article paru dans le journal de l'Acadie Nouvelle, en page 5 de la section Actualités, édition du 26 mai, 2010. Il suffit de communiquer avec la municipalité de Dieppe pour obtenir les détails de la nouvelle règlementation de l'affichage commercial.   

 

 

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