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le le mercredi 25 mai, 2011
Dia-B-logue: 16ième séance (1)

Notre société se construit sur la base d'un dialogue entre citoyens. Mon cerveau cependant constate sa rareté. Il est vrai qu'en nos temps modernes, l'individualisme s'est de beaucoup accentué. Ce sont les intérêts personnels qui ont la cote. Cet état de fait pousse ma disposition au dialogue, à migrer vers des zones intérieures. Ainsi vont mes échanges et mes tergiversations intracorporelles actuelles.

Lors de la séance précédente, mon dialogue d'intérieur a produit son lot de tiraillement. En bas, il y a mes tripes constamment en manque de consommation 24 heures sur 24 et en haut, mon cerveau capteur des vérités et des réalités. La tension s'est élevée dans mon coeur jusqu'à la douleur. J'ai eu à légiférer pour que le plus raisonnable satisfasse sur le champ le plus exigeant. La question tant pressante de mes tripes se formule ainsi:  

                             COMMENT AVOIR DAVANTAGE pour ÊTRE le plus POSSIBLE?

Sans plus tarder, mon cerveau se lance dans le vif du sujet. Il commence son exposé en brossant un portrait de l'histoire des inventions techniques humaines. C'est que d'une part, il cherche à donner de la perspective et de la profondeur au sujet traité. D'autre part, fidèle à sa finalité, il vise une conscientisation hardie sur l'utilisation des inventions présentées. Ceci est primordial dans la quête judicieuse d'un AVOIR pour ÊTRE.  Les inventions sélectionnées comprennent la FLÈCHE, la ROUE, la BOÎTE et enfin la PUCE. En première position d'étude est la FLÈCHE; suivront éventuellement les trois autres.  

Du temps néandertalien, l'ÊTRE humain fonctionnait en prédateur/consommateur averti. Cela lui suffisait pour satisfaire ses besoins vitaux. Quand il attrapait le gibier, il pouvait même rêver d'une survie prolongée. Autrement dit, l'équation AVOIR = ÊTRE lui était très bien comprise. De même que sa formulation négative à savoir : 0 AVOIR =0 ÊTRE.

En fait, l'équation AVOIR = ÊTRE traduit bien une loi existentielle naturelle. Cette loi cependant a pris au fil des ans une tournure cérébrale. Aujourd'hui, elle se présente sous la forme d'une idéologie, soit celle du capitalisme pure. Dans maints endroits de la planète, l'application de cette idéologie tend à se généraliser comme base sociétale. Une fois implantée, la société prend l'allure d'une société de consommation.  

< Enfin !> s'exclament mes tripes qui se réjouissent à s'en tordre les boyaux. <Enfin......une société fondée sur notre finalité >.  La propension à consommer est ainsi la mienne. Par conséquent, cela ne m'étonne plus de me retrouver sans cesse à la chasse aux produits et services. Tellement l'offre est disponible, que je me crois à jamais garantie d'une longévité sans fin. Cependant, plus mon appétit grossit en mangeant, plus mon bas fond recule. Incroyable à quel point il peut y avoir de la place quand mes tripes vont à fond de train. D'où l'insistance auprès de mon cerveau pour des moyens prédateurs encore plus performants. ÊTRE le plus possible, il le faut selon mes tripes.

Mon cerveau raconte qu'il revient à un néandertalien la découverte de la FLÈCHE. Dans ce temps oublié, ce ne fut certes pas un rêve accrocheur ni un brevet lucratif en perspective qui lui a servi de motivation pour son invention. Son génie réside plutôt dans sa très grande capacité à observer puis à imiter. Autrement dit, ce néandertalien était fort dans le co-co (2).

Mon cerveau parie que la flèche est issue d'un incident, comme nous en fournit régulièrement la nature. Assis à la manière du `Penseur` de Rodin (3), notre néandertalien en aurait été témoin. Fortement secoué par le vent, la branche de l'arbre se casse puis tombe, pour finalement tuer sur le coup le fauve prédateur qui le guettait. Sans doute, une onde sonore de type  `Guettite?(4) traversa l'espace. Incompréhensible, le phénomène fut alors attribué à une force invisible nommé dieu du vent.

Mon cerveau  émet l'hypothèse que l' idée de dieu du vent deviendra éventuellement l'arc à propulser la flèche. Mais, ce sujet ne nous concerne pas pour l'instant.     

C'est en constatant le décès du fauve, que le valeureux néandertalien fit sa véritable découverte. Témoin captivé, il ne lui suffit qu'une simple association mentale pour y arriver. Nulle doute, il jubila haut et fort devant l'efficacité et l'efficience de la branche perçante.  Mon cerveau suppose qu' après le déclic, ce néandertalien s'est stocké de branches plein les bras. Et, c'est ainsi que la FLÈCHE entra dans l'histoire des grandes découvertes.

Les imitations ne tardèrent pas à suivre. Chez les néandertaliens, tout et chacun voulut sa FLÈCHE. Naturellement, comme le dicte la loi naturelle du temps, ce fut le plus fort, le plus vite, le plus habile, ou tout simplement le mieux connecté avec un dieu, qui parvint à détenir le plus imposant attirail du groupe. Lui, ou elle, devint l'ÊTRE fort envié. Ce n'est pas à en douter, puisque la FLÈCHE garantissait la consommation à volonté.

La prolifération se profila. Tellement que souvent dans le ciel de la préhistoire, se produisit une forme de pluie perçante. Ainsi  aspergés, nombre de néandertaliens perdurent leur vie prématurément. Mais, nonobstant ces pertes collatérales, comment expliquer un tel succès? Mon cerveau pense qu'il s'agit d'une question d'adaptabilité. La FLÈCHE se prête à toutes les causes.   

En nos temps modernes, l'utilité et l'usage de la FLÈCHE ont atteints un paroxysme, selon mon cerveau. Son incontestabilité en tant qu'outil de choix dans la quête de l'AVOIR et conséquemment de l'ÊTRE, se vérifie de par son omniprésence.  En fait, il affirme que la FLÈCHE fait partie intégrale de notre arsenal de vie. L'édification de notre société capitaliste en dépend grandement. Plus est, qui contrôle la FLÈCHE peut se penser investi de la destinée humaine.  

Soudainement, sans avertissement, mes tripes s'écrient: < Cerveau, c'est URGENT.......cesse ton discours endormant....et passe nous la FLÈCHE tout de suite. >

Ses circonvolutions cérébrales quelque peu irritées, mais gardant son flegme habituel, mon cerveau répond: < Mais, cette FLÈCHE.......vous l'avez déjà ....INTÉRIORISÉE!

Ne comprenant plus rien, mes tripes lâchent prises. Puisque la transparence n'est pas toujours de mise, il faut clore la séance.

La 17ième séance aura lieu.......dès que mes tripes se sentiront disposées .  La séance portera sur la transformation de la FLÈCHE et ses nouvelles formes d'intériorité. 

Gilles Thibault

 

(1) tous droits réservés. L'utilisation en partie ou en entier des textes Dia-B-logues doit faire l'objet d'une autorisation au préalable auprès de l'auteur.

(2) le co-co = le copier-coller en langage d'ordinateur; un terme inventé par l'auteur pour les besoins de la cause.   

(3) le `Penseur` est une sculpture de l'artiste français Auguste Rodin (1840-1917).

(4)  `Gettite` : une onde sonore inventée par l'auteur, provenant d'une déformation de l'anglais Get It ?, qui signifie :  comprends-tu ?, vois-tu pas?.

    

 

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