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le le jeudi 18 mars, 2010
CITOYEN ACADIEN(8): prendre du pouvoir politique a ses raisons
Portrait de Gilles Thibault

En tant que citoyen, je suis de ceux qui croient le temps venu de prendre du pouvoir politique. Voter aux quatre  ans pour l'élection de mon gouvernement ne suffit plus. A mon avis, une responsabilisation et une participation citoyenne  accrues dans les questions politiques et sociétales sont devenues nécessaires. Ma prise de position vient en partie de la vente projetée de la société d'État Énergie NB  par le gouvernement libéral Graham. 

L'annonce de cette vente fut faite sans possibilité de juger de sa pertinence, sans débat sérieux et sans participation décisionnelle citoyenne. Ma frustration fut grande, comme ce fut le cas pour bien d'autres de mes concitoyens et concitoyennes.  Par contre, je trouve que demeurer frustré devient éventuellement contre-productif.  Ainsi, aujourd'hui,  je cherche à mieux comprendre la situation pour mieux contribuer.  

Pour ce faire, je me suis aventuré hors de mon quotidien, en allant survoler l'ensemble de ma société. Cet effort m'a rappelé certaines réalités. Ma société est composée d'une multitude d'individus, pour la plupart rassemblés en groupes divers et aux intérêts particuliers. Certains de ces regroupements constituent des forces qui interagissent et s'influencent mutuellement. En principe, ma société  s'en trouve dynamisée et tous les individus en profitent de quelques façons. Par contre, selon l'ampleur de leur puissance, certaines forces arrivent à en dominer d'autres. Forcément, dans ce cas, les intérêts particuliers du dominant ont plus de probabilités d'être satisfait. Les dominés peuvent accepter cette situation ou  ils peuvent créer des opportunités pour changer la donne.

Dans ma société, deux forces sont présentement en position de dominance:  le pouvoir du politique et le pouvoir de l'économie/finance. De son côté, le pouvoir du politique par l'entremise d'un gouvernement élu, a pour intérêt ou pour mission de mener l'organisation et le fonctionnement de ma société sur la base de certaines valeurs partagées. D'ailleurs, en tant que citoyen, je suis nécessairement associé à ce pouvoir. Présentement, je contribue en votant pour mon représentant au sein du gouvernement. Or, quelques personnes poussent plus loin leur association à ce pouvoir en devenant des militants, en revendiquant des droits, en devenant député ou premier ministre par exemple.  

L'autre pouvoir, soit celui de l'économie, s'intéresse à la production des biens et des services, en exploitant les ressources et en les transformant. Ce pouvoir finit par créer de la richesse. En ce qui me concerne, je suis quotidiennement associé à ce pouvoir, plutôt en tant que consommateur assidu. Plusieurs individus poussent encore plus loin leur niveau d'association à ce pouvoir.  Ils adoptent la pensée unique du profit et de la compétitivité comme guide de fonctionnement. Cette disposition augmente la probabilité d'arriver à des résultats fort impressionnants. Apparemment, pour des résultats plus probants, ce pouvoir essaie de dicter voir même d'imposer ses conditions d'opération sur le pouvoir du politique. Certains disent que la vente d'ÉNB est le résultat de cette dynamique.

Ce survol m'a fait comprendre deux choses. D'une part, il existe bel et bien des forces puissantes qui s'entrechoquent. Parfois, ces forces font des collusions inexpliquées. Nécessairement, ces situations apportent un lot de conséquences sur moi et ma société. Les effets peuvent être immédiats ou s'étaler sur le moyen terme et le long terme. D'autre part, en tant qu'individu, je réalise n'avoir peu ou pas de contrôle direct sur cette dynamique, d'autant plus que je ne peux y échapper.

Il n'en faut pas plus pour m'inciter à la réflexion. Comme le dit le slogan gouvernemental, <Ici au N.-B., Être... je le peux>.  Mais, ce slogan, selon ma logique citoyenne, ne dévoile pas tout. Il faut savoir que dans notre monde physique, je ne suis sans avoir. Je me dois d'avoir pour être. En transposant cette maxime sur le plan biologique, cela revient à dire que je suis un vivant en autant que j'ai des conditions permettant ma vie, comme par exemple un environnement sain. Et sur le plan social, être citoyen implique nécessairement avoir une société m'actualisant en tant que tel. Autrement dit, ici au N.B., je suis citoyen puisque je suis propriétaire de la société qui me rend citoyen.

En tant que citoyen propriétaire de ma société, j'en suis alors ultimement responsable. Ce qui s'y passe est de mon ressort. J'ai à penser ma société, à l'organiser et à la faire fonctionner. De plus, je suis constamment appeler à m'en occuper puisqu'il s'agit d'une société dynamique et évolutive.  Souvent, je me retrouve devant des situations problématiques qui présupposent une intervention. J'ai donc à faire des choix. Je peux accepter l'état prévalant dans ma société, adopter l'approche du laisser-faire et espérer que tout va bien se passer. Ou, je peux créer des opportunités pour changer la donne et ainsi voir aux intérêts de ma société qui sont de mes intérêts.    

Il se passe actuellement des choses dans ma société, avec cette vente d'ÉNB. Elles me sont inquiétantes. Le pire peut-être c'est de ne pas savoir si j'y gagne quelque chose ou si j'y perd. Dans le doute, les questions fusent. Je me limite à deux questions pour l'instant. Mon gouvernement est-il  à la remorque des forces de l'économie? Les forces de l'économie ont-elles mes droits comme mission première ?

D'après ce qui se passe, j'ai déjà des éléments de réponse. Je crois que prendre du pouvoir politique a amplement ses raisons.

Gilles Thibault

 

 

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