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le le jeudi 24 décembre, 2009
DIA-B-LOGUE : au prise avec un cerveau qui pose des questions...première séance.

A un certain moment, nous pouvons vivre une expérience qui laisse sa marque. Cette expérience peut être d'ordre émotionnelle, sentimentale, spirituelle, ou encore corporelle par exemple. Mais quand est-il d'une expérience cérébrale? Dans le texte qui suit, je relate l'une de mes aventures sur ce plan. Je le fais de façon romancée, il va sans dire. Mon expérience cérébrale porte sur la question de la responsabilité citoyenne.

Il vous est déjà arrivé, un beau matin, vous regardant dans le miroir, voir une ampoule électrique sur votre tête; autrement dit, être saisi d'une PRISE de CONSCIENCE ? J’ai vécu l’expérience la semaine dernière. J’en retrace la source à l’écoute d’un petit discours d'Alexandre Jardin. Sans trop m'en rendre compte, mon cerveau a capté deux mots de cet écrivain français. Puis, complétant son travail associatif nocturne, ce fut crûment dans le conscient que mon cerveau me les relança ce matin fatidique. Sans autorisation aucune, ce cerveau qui est le mien, a fait l’impensable: relier ma personne aux deux mots de Jardin! MOI, je suis un CITOYEN ENFANTIN! Mon cerveau a du culot…..

Nu devant la glace, mon cerveau a réussi son du. Il venait d'irriter l'une de mes valeurs les plus fondamentales. Je suis du genre qui prime la LIBERTÉ avant tout. D'ailleurs, tous les jours, j'en profite sans limite. C'est tellement puissant que j'envoie au diable tout le reste.... ou presque! Et voilà que maintenant, ma sainte raison m'entraine sur un sujet qui m'apparait pour le moins encombrant et énervant : la RESPONSABILITÉ CITOYENNE. A première vue, il me semble que cette responsabilité entre en compétition directe avec le temps et l'énergie que je consacre à réussir et à vivre ma vie personnelle. Je suis donc enclin à proscrire ce genre de responsabilité, à passer à côté…. sauf peut-être dans les situations qui promettent le gain et le plaisir. Mais voilà, malgré mon fort penchant libertin, je n’ai pu éviter les propos de mon cerveau. Il est du genre insistant à certains moments….

Me surprenant en phase éveillée, mon cerveau m'a sermonné puis m'a fait subir un interrogatoire corsé. Il est souvent sans pareil dans son opportunisme. Le sujet porta évidemment sur mes pensées et mes actions citoyennes. J'aurais juré me trouver dans un cabinet de psychologue. Mon cerveau croit peut-être que j'ai un problème. Je le sais pourtant bien intentionné, mais pourquoi être aussi dur envers moi? Je suis demeuré bouche-bée devant ses propos et par surcroît, dans l'incapacité de répondre à ses questions. Je n'ai pas l'habitude à ce genre de situation....

Dès le départ, mon cerveau a forcé la note. Mon gars, me dit-il, enlève tes lunettes à soleil et regarde moi dans les yeux. Premièrement, me dit-il, tu souffres d'une perception restreinte de ta liberté. Tu penses peut-être que ta liberté se limite à l'exercer, à choisir ce que tu veux, quand tu veux et comment tu veux. Elle est beaucoup plus que ça, me dit-il. Elle comprend aussi ta responsabilité et ton pouvoir de la définir, de l'implanter et de la gérer, avec les Autres, au sein d'un environnement social. Ne sais-tu pas que ta liberté peut se maintenir et même s'améliorer en autant que tu t'en occupes, cela avec tes concitoyens et tes concitoyennes. Ne sais-tu pas que tu mets ta liberté à risque en la délaissant ou en la passant aux choix de quelques personnes ? Je lui ai avoué n'y avoir pas pensé sérieusement, étant plutôt occupé à en profiter et en jouir!....comme un enfant dans son parc d'amusement, me lance t'il. Pousse pas la note, mon cher cerveau à l'allure savante, ai-je eu le culot de lui rétorquer.....

Deuxièmement, me dit-il, tu me sembles une personne moderne éprise d'une attitude individualiste fort légitime, capable de réaliser de grands rêves. J'endosse avec certitude son affirmation, avouant être privilégié et fier de pouvoir me développer à mon plein potentiel. Je lui dis plaindre ceux et celles qui encore aujourd'hui croupissent sous les contraintes de la tradition et du communautarisme fermé. Mais, me dit-il, as tu remarqué que l'individualisme à outrance, l'individualisme illimité et sans borne dont tu es un des champions peut peser lourdement sur les conditions environnementales et sociétales ? Quand celles-ci se détériorent, as-tu remarqué ce qui arrive à ton développement et à la qualité de ta vie? Réalises-tu que la dégradation de ton environnement, que le recul de ta démocratie sont des conséquences de ton détachement envers les questions et les besoins de ta communauté ? Ton environnement, ta société, ta démocratie demandent que tu t'en occupes puisque tu en es ultimement responsable. Compte toi privilégié qu'il en soi ainsi. D'ailleurs, c'est toi le premier qui en a le plus grand intérêt, qui a le plus à perdre, duquel dépend ton épanouissement et ta vie. Cela met donc en évidence le besoin pour toi de t'impliquer davantage dans ton environnement afin de le maintenir apte à ton développement personnel. C'est alors qu'il me lança: le modernisme c'est bien, mais le post-modernisme, c'est mieux. Et j'enchaîne en disant: De quoi parles-tu mon cher cerveau aux idées brumeuses.....?

Autant le modernisme t'a libéré, autant le post-modernisme t'engage vers la responsabilisation, me dis t'il. Te souviens-tu quand tu es passé de la dépendance de l'enfance à la liberté insouciante du jeune adulte, libre enfin à faire tes choix de vie? C'est ça le modernisme actuel. Mais, tu t'es éventuellement rendu compte qu'il y avait un autre versant à la liberté: tu te dois assumer tes choix, tu es responsable de tes choix, tu vis avec les conséquences de tes choix. C'est ce que le post-modernisme apporte. Quand tu passes de l'individualisme libertin à outrance à un paradigme de la responsabilité individuelle et du développement durable, tu te transformes d'un citoyen enfantin en citoyen responsable. Il s'agit de combiner ton épanouissement personnel avec ceux de ta communauté; d'établir un juste équilibre de responsabilisation envers toi-même et ta société; d'unir les atouts de ta liberté avec les réalités et les potentialités de ton environnement. Il incombe de te connaître davantage, de savoir ton identité, tes forces et tes besoins, tes valeurs tout en connaissant et en t'impliquant dans ton milieu. Cela donne l'avantage de faire ta vie mais aussi de penser ta société, de l'organiser et de la faire fonctionner le mieux possible. Autrement dit, c'est arriver à mieux être parce qu'on s'occupe du bon état de sa maison. Sans un environnement sain, il est difficile de survivre et de prospérer. Ça me parait logique, lui dis-je .......

A plusieurs reprises, la nature humaine oblige, je l'ai supplié pour un temps d'arrêt. Bien sûr, il s'agissait de ma part d'une stratégie d'évitement ou de résistance. Je l'ai même accusé de torture mentale! Au fond, plus que tout, je lui en voulais de bousculer mon sens de la liberté. Je lui en voulais aussi d'attaquer mon individualisme, tout en portant atteinte à ma quiétude d'existence et à mon détachement jusqu'ici bien réussi envers les affaires environnementales, sociales et politiques de ma société. D'ailleurs, qui autorise mon cerveau à me déranger de la sorte quand je fais tout pour bien aller.....?

Or, malgré son intransigeance, j'ai du éventuellement m'avouer quelques choses. Autant son sermon pouvait m'apparaître difficile et étranger à ma façon de vivre actuelle, autant il pouvait me chatouiller l'esprit et m'entrouvrir les portes d'une façon plus complète et plus mature de fonctionner dans ce monde. Me voici maintenant plus réceptif et ouvert à son interrogatoire.

Mais cette séance intensive en compagnie de mon cerveau m'a finalement crevé. C'est très, très difficile d'être attentif au sermon! En vérité cependant, j'ai l'immense besoin de repos et de divertissement. Place au congé des Fêtes lui dis-je, partons célébrer ensemble....

(suite de l'aventure cérébrale dans le prochain teste)

Gilles Thibault

 

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