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Avec l’accord de l’auteur, je vous propose ce texte rédigé par Naguy Helmy, professeur à la retraite de l’Université de Moncton.
L’identité : définition
L’être humain se trouve confronté à sa spécificité en se donnant une identité. Son identité l’aide à s’interroger sur ses origines, ses rapports avec les autres, la place qu’il occupe dans la société. S’interroger sur ce qu’il doit faire ou ne pas faire, sur les décisions qu’il doit prendre en fonction de ses valeurs.
S’identifier à une communauté est une réalité complexe pour plusieurs raisons :
1) elle est loin d’être donnée une fois pour toutes, c’est une construction qui peut varier avec le temps et se transformer tout le long de l’existence. Ainsi, non loin de nous, nos voi- sins se sont identifiés avec le temps comme canayens, puis canadiens français puis Québécois.
2) Cette réalité se réfère à plusieurs appartenances :
a) un lieu, que ce soit un ensemble continental, l’Amérique du Nord, ou à une région comme le Nouveau-Brunswick;
b) une langue et un peuple;
c) des croyances, des traditions, une religion, une manière de vivre, des rapports familiaux, des goûts artistiques ou culinaires;
d) une nationalité, une communauté de personnes, des préférences identiques, une certaine manière de vivre.
Ces appartenances peuvent changer avec le temps et modifier en profondeur les compor-tements et elles n’ont pas toutes la même importance. Ce sont des éléments constitutifs de la personnalité; ils peuvent être légués à la naissance, par l’éducation, par une expérience ancestrale spécifique (comme la Déportation des Acadiens) ou par une histoire de vie plus récente. Aucune appartenance ne prévaut de manière absolue (les différents conflits à travers le monde sont là pour nous le démontrer). Il est à noter aussi que la hiérarchie entre les éléments d’appartenance des individus ou des groupes qui semblent résumer leur identité toute entière peut prendre un peu plus d’importance dès lors qu’ils sont menacés, que ce soit la langue mater-nelle ou comme groupe ethnique. La communauté se battra corps et âme pour se faire valoir en fonction de cette appartenance et se retrouve confrontée à sa spécificité.
S’identifier à une communauté est un élément mobilisateur
Ce qui détermine l’appartenance d’une personne à un groupe ou à une communauté, c’est essentiellement l’influence qu’aura autrui sur elle :
1) l’influence des proches d’abord, ceux-ci cherchant à se l’approprier; ils lui font prendre conscience de ce qu’il est et représente à titre de membre de la communauté, et comment il doit se frayer un chemin pour acquérir ses droits seul ou à travers les revendications; l’individu prend conscience de son "moi" ou son "nous" comme membre de la communauté par rapport aux autres.
La personne prend conscience, grâce à son identification au groupe ou à la communauté, de ce qu’on lui interdit, de ce qu’il subit, des embûches à son épanouissement, des objectifs sociaux, culturels, politiques auxquels il doit aspirer.
2) l’influence d’autrui qui s’emploie à l’exclure à cause de ses particularités, quelles soient individuelles, sociales, politiques ou autres.
Ainsi, l’individu prend conscience du rapport de forces entre deux "appartenances" à titre de membre d’un groupe : la sienne et celle de l’autre. Amin Maalouf insiste pour dire que « ce sont ces blessures qui déterminent, à chaque étape de la vie, l’attitude des hommes à l’égard de leurs appartenances, et la hiérarchie entre celles-ci. […] qu’une seule appartenance soit touchée, et c’est toute la personne qui vibre. On a souvent tendance à se reconnaître, d’ailleurs, dans son appartenance la plus attaquée; […] "affirmer [son] identité" devient forcément un acte de courage, un acte libérateur… […] Ils disent qu’il ne faut pas mendier auprès des autres le respect, qui est un dû, mais qu’il faut le leur imposer. » (Les identités meurtrières, Paris, Grasset,1998).
Tous groupes d’individus, pour peu qu’il se sentent humiliés ou menacés dans leur existence ou dans leur épanouissement, se voient contraints de se mobiliser pour défendre leur commu-nauté quand ils possèdent les mêmes particularités et qui aspirent aux mêmes objectifs.
Éléments à éviter et à développer
Ce qu’il faut éviter, c’est :
1) réduire l’identité à une seule appartenance (la référence à la seule religion en est un exemple) car cela mène aux débordements;
2) ne pas avoir une attitude partiale, sectaire ou intolérante : ceux qui appartiennent à notre communauté sont "les nôtres"; on se veut solidaire par rapport "aux autres"; on ne cherche jamais à se mettre à leur place; le point de vue auquel il faut adhérer, c’est le nôtre et il n’y a aucun compromis.
Ce qu’il faut, au contraire, c’est d’avoir une ouverture d’esprit.
3) ne pas avoir des aspirations qui sont les seules légitimes.
À l’heure de la mondialisation, il est impératif d’être ouvert aux autres. Nous ne vivons plus dans un monde restreint, tribal, sectaire. Nous avons besoin des autres comme les autres ont besoin de nous. Notre identité s’affirme, mais elle est ouverte, franche et accessible aux autres cultures pour éviter les dérapages dangereux.
Chaque communauté cherche à s’épanouir. Elle passe par plusieurs étapes dans son dévelop-pement dans le temps :
1) La première étape consiste à se définir par rapport aux autres : qui sommes-nous?; en quoi sommes-nous différents des autres? C’est la recherche de soi par rapport à notre histoire qui nous est particulière.
2) La deuxième étape,sans exclure nécessairement la première,c’est celle de se définir un code de conduite dans un souci d’équité et d’efficacité. C’est celui de l’enchâssement des lois, de règlements, de dispositions qui assurent nos droits, notre place par rapport aux autres. C’est le devoir d’assurer une place à sa langue, d’éviter que sa culture ne soit bafouée.
3) La troisième étape reflète le dynamisme, l’innovant, le créatif dans son identité. C’est le désir d’être performant dans un monde de plus en plus ouvert, mais compétitif, perméable grâce au téléphone, à la télévision, à l’informatique, aux journaux, aux livres, aux décou- vertes, où les progrès techniques ne font que s’accentuer et s’accélérer. C’est l’étape du rapport, des liens avec les autres. C’est le moi et l’autre.
Nul doute, par contre, que la mondialisation accélérée d’aujourd’hui provoque en réaction un renforcement du besoin d’identité qui nous rappelle les symboles de nos traditions et nos valeurs. Le poids du nombre a aussi son importance. Plus nous sommes nombreux,plus nous nous ferons valoir et entendre. à cet effet, le Nouveau-Brunswick, et plus particulièrement la communauté francophone acadienne, fait actuellement face à trois problèmes majeurs en ce qui touche l’accroissement de se population : 1) son faible taux de natalité; 2) son fort taux d’assimilation; 3) et, surtout, sa faible capacité de rétention des immigrants francophones.
La question démographique
Selon le Conseil économique des provinces de l’Atlantique, une croissance démographique moins rapide et une population vieillissante contribueront à l’érosion de la population active et de l’assiette fiscale correspondante. En outre, il est prévu que la population du Nouveau-Brunswick commencera à diminuer d’ici 2008. En 2026, elle aura diminué d’environ 3 % (La stratégie internationale du Nouveau-Brunswick, avril 2001). Les données de recensement de Statistiques Canada pour l’année 2001, portant sur la période comprise entre 1996 et 2001, indique que la population néo-brunswickoise est passée de 738 113 à 729 498 personnes, soit une diminution de 1,2 %, alors que la population canadienne est passée de 28 846 761 à 30 007 094 personnes, ce qui correspond à une augmentation de 4 %. Toujours selon le Conseil économique des provinces de l’Atlantique, cette chute démographique et le vieillissement de la population active auront un effet direct sur notre compétitivité globale. Nous devons attirer des travailleurs et des entrepreneurs hautement spécialisés et les inciter à immigrer au Nouveau-Brunswick, de sorte qu’ils puissent participer à l’expansion de notre économie (La stratégie internationale du Nouveau-Brunswick, avril 2001).
Le Nouveau-Brunswick attire un très petit pourcentage d’immigrants, soit 0,03 %, et un grand nombre d’entre eux déménagent vers les grands centres urbains. Selon les chiffres parus en juin 2000, 6 % seulement des immigrants du Nouveau-Brunswick se disent francophones. Face à cette situation, les communautés acadiennes et francophones doivent s’ouvrir à l’immigration et aux différentes questions entourant l’accueil et l’intégration des nouveaux immigrants (Accueil et intégration des nouveaux immigrants au Nouveau-Brunswick, projet de la Table de concertation sur l’immigration présenté au ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration et à Patrimoine Canada par la SAANB, le 29 juillet 2003).
L’Acadie du Nouveau-Brunswick est confrontée à plusieurs défis sur le plan démographique si elle veut contrer le taux de natalité qui figure parmi les plus faibles en Amérique du Nord :
1) établir de nouvelles réalités économiques et sociales;
2) éviter que l’immigration ne se fasse qu’en milieu urbain;
3) diminuer le taux d’assimilation à une communauté autre que francophone.
Une des solutions est d’ouvrir l’identité acadienne en la rendant assez souple et non contrai-gnante, sans se départir de certains principes sociaux-politiques fondamentaux et indispensables :
Principes : 1) être francophone : la langue française est non seulement un facteur d’identité, mais c’est aussi un instrument de communication.
2) adhérer aux valeurs et à la culture de la société d’accueil.
3) participer au sein de la communauté à son développement culturel, économique, social et politique.
L’identité de l’immigrant et de l’immigrante
Faire partie des mœurs acadiennes, de ses coutumes, de sa manière de vivre, est un choix que font l’immigrant et l’immigrante, en venant s’installer en Acadie. S’il fait ce choix, c’est parce qu’il est convaincu du modèle de civilisation occidental et acadien, de notre manière de vivre. Il ne doit pas aspirer à le changer en fonction de son pays d’origine, même s’il pense que le modèle occidental dans sa globalité est en train de devenir la norme pour le monde entier.
Si l’immigrant et l’immigrante font le choix de venir en Acadie, c’est parce qu’ils ont privilégié notre modèle de société. Ils s’identifient alors à nos symboles et nos critères d’appar-tenance. Il est tout aussi évident que cela implique que ceux-ci possèdent, et pour toujours, leurs droits fondamentaux et les libertés individuelles inscrits dans la Charte canadienne.
Faire partie de la communauté acadienne requiert nécessairement une dose de volontarisme. Amin Maalouf dit que « pour tous ceux notamment, dont la culture originale ne coïncide pas avec celle de la société où ils vivent, il faut qu’ils puissent assumer sans trop de déchirement cette double appartenance, maintenir leur adhésion à leur culture d’origine, ne pas se sentir obligés de la simuler comme une maladie honteuse, et s’ouvrir parallèlement à la culture du pays d’accueil » (Les identités meurtrières). Le choix de l’identité acadienne pour l’immigrant et l’immigrante, doit être compris, puis adopté et apprivoisé. C’est un choix voulu et non imposé. C’est un choix qui se situe dans le cadre de la démocratie et qui leur permettra d’être traités comme des citoyens à part entière.
Qu’en est-il de l’immigrant et de l’immigrante qui désirent adhérer à la communauté acadienne, s’ils ne sont pas nés en terre acadienne et n’ont pas d’ancêtres qui ont subi la Déportation, et qui de plus font partie de ce que l’on appelle aujourd’hui par scrupule "la minorité visible", qu’ils soient noirs, arabes ou asiatiques, et qui par surcroît ont un accent différent de la communauté et gardent un lien avec leur culture d’origine? S’ils sont francophones, s’ils adhèrent à la culture acadienne et participent activement à son dévelop-pement, alors l’appellation de "néo-Acadien" que l’on suggère reflétera franchement et claire-ment et sans condescendance une réalité, celle de leur double appar-tenance. Ils pourront vivre dans la sérénité leurs différentes appartenances nécessaires à leur propre épanouissement et à celui de la société acadienne.
Un travail considérable doit être entrepris pour améliorer la capacité des communautés fran-cophones à s’ouvrir à tous ceux qui prennent comme objectif le développement de l’Acadie en tant que francophonie et qui veulent y participer. L’identité acadienne doit être un choix per-sonnel et communautaire qui répond à un besoin d’insertion et d’intégration dans un groupe, à un besoin d’action sociale et politique de développement dans un but commun qui respecte l’égalité de tous, hommes et femmes, la liberté de croyances, d’expression, loin de toutes doctrines qui contestent les valeurs fondamentales qui sont à la base des appartenances qui forment l’identité de la communauté acadienne.
| Titre |
Date |
|---|---|
| Dia-B-logue (17ième séance) | 29/06/2011 |
| PRIX du CITOYEN (6): MARC HENRIE | 17/06/2011 |
| Dia-B-logue: 16ième séance (1) | 25/05/2011 |
| Dia-B-logue: 15ième séance | 1/05/2011 |
| Dia-B-logue: 14ième séance | 1/03/2011 |
| Dia-B-logue: 13ième séance | 11/02/2011 |
| Dia-B-logue: 12ième séance | 19/01/2011 |
| Dia-B-logue: 11ième séance | 20/12/2010 |
| Dia-B-logue: au prise avec un cerveau qui pose des questions...sur voter .....10ième séance | 26/09/2010 |
| Dia-B-logue: au prise avec un cerveau qui pose des questions....sur les élections (9ième séance) | 6/09/2010 |
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J'ajouterais que l'identité se développe en partageant activement ses médias ainsi que l'histoire de l'endroit. Les méchanismes de rétroaction et de participation aux médias (aka web 2.0) me semblent particulièrement vitaux.
Félicitations incidemment à l'Acadie Nouvelle pour avoir montré un bel exemple pour le milieu minoritaire nord-américain dans sa mise à jour de sa plate-forme web de nouveaux médias.
L'appartenance culturelle est essentiellement un état d'esprit selon moi. Né à Bathurst d'une mère brayonne et d'un père anglophone, je m'identifie néanmoins comme Acadien. À un autre moment de ma vie, après 3 ou 4 ans à Montréal, je me sentais Montréalais. Là, habitant Moncton, une autre identité culturelle s'installe. Il faut garder l'esprit ouvert et s'adapter à notre environnement et ça tant pour l'immigrant que pour la personne native de la région qui reçoit des immigrants.
Ce texte ressemble à un beau conte de fée. La réalité est une autre
chose. Faites y bien attention à votre identité. Les gens n'en feront
pas nécessairement ce que vous voulez qu'ils en fassent. Mon quartier
de banlieue s'est transformé, en quelques années seulement, en un endroit
ou on ne se reconnait plus. On y parle de moins en moins français,
on nous invite poliment à nous intégrer aux nouveaux arrivants. Non,
ça ne se passe pas toujours comme dans les contes. Ne faites pas les mêmes
erreurs que nous au Québec.
Oui! Faites-y bien attention à votre identité.
C.Page
Intéressant !