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J'appréhende l' incapacité à venir de la nouvelle SANB à l'allure d'un club privé à faire une action politique fiable, pertinente et cohérente de représentation et de revendication pour la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick. Mais, il ne faut pas désespérer, puisque à mon avis, cela est peut-être annonciateur de l'ère du citoyen acadien responsable. Et pour cause...
Un an après sa restructuration, se tenait les 25/26/27 septembre 2009 à Caraquet, l'assemblée générale annuelle (AGA) de la nouvelle Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). C'est sous le thème accrocheur de ¨Égalité Réelle Maintenant¨ que se sont déroulées les délibérations. Mais, c'est sans aucun doute le discours du président réélu Jean-Marie Nadeau qui apporta joie et inspiration. Il est sans pareil dans sa capacité d'articuler de manière éclairée, de manière forte et ferme, les besoins et les aspirations de la communauté acadienne et francophone. Je dois avoué cependant m'y avoir attendu. Jean-Marie Nadeau est résolument de la pensée citoyenne; toutes ses décisions et ses actions politiques en découlent. Déception, cependant....dans moins d'un an, ce fier Acadien aura complété son terme. L'Après-Nadeau soulève chez moi bien des inquiétudes.
J' ai assisté à l'AGA de septembre à titre de membre individuel. Je voulais en savoir davantage à propos de la nouvelle version de la SANB, à savoir la place spécialement réservée aux citoyens acadiens au sein de l'organisme renouvelé. Or, dès le début, j'ai désenchanté. Il m'a semblé évident qu'un déséquilibre significatif existait entre les deux regroupements ou forums qui composent et dirigent la SANB. Il y a le forum des associations/institutions acadiennes qui de son côté est très bien organisé, comparativement bien nanti détenant ainsi un pouvoir d'influence et décisionnel important. Par contre, le forum des citoyens (membre individuel) est visiblement le parent pauvre de la SANB. Il semble sans moyen financier valable, sans structure fonctionnelle et sans pouvoir efficace pour y remédier. A mon avis, ce déséquilibre risque de détourner les énergies et les actions politiques de la SANB vers les intérêts des associations prises individuellement, au détriment du bien commun, des besoins de la communauté dans son ensemble et du citoyen acadien. Si c'est le cas, seront-nous témoin d'un changement de rôle pour la SANB? Qui va alors assumer le rôle traditionnel mais combien nécessaire de représentation et de revendication de la société civile acadienne? Ces questions sont légitimes puisque l'Après-Nadeau est porteur d'un vide politique acadien. De toute façon, nous verrons bien.
J'ai choisi de participer à l'atelier portant sur la question de la participation citoyenne. Essentiellement, les questions étudiées ont été: Comment peut-on attirer les citoyens au sein de la SANB et que peut contribuer le citoyen à la SANB? Tenant compte de mon questionnement précédent, je suis tout de suite devenu perplexe. A mon avis, la question ne doit pas être : Que doit faire le citoyen pour la SANB mais bien que peut faire la SANB pour les citoyens acadiens? Tiraillé, j'ai finalement fait des commentaires qui, semble t'il, ont dérangé les tenants de la pensée unique. Ce fut là un moment où j'ai trouvé ce milieu peu propice au dialogue et aux débats d'idées.
Pendant que d'autres s'exprimaient, je n'ai pu m'empêcher de me poser les questions suivantes. Pourquoi la nouvelle SANB a t'elle diminué significativement le pouvoir du citoyen au sein de l'organisme? Pourquoi dans sa réforme du système de santé, le gouvernement libéral actuel a-t'il aboli l'élection de citoyens par les citoyens au sein des régies de santé? Dans les deux cas, pourquoi a t'on procédé à éloigner le citoyen du pouvoir décisionnel?
Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour expliquer cet état de chose. Je me limite à souligner l'une d'entre elles. Est-ce le fait que l'individualisme à outrance soit maintenant triomphant en Acadie? Affairé à s'occuper de sa vie personnelle, le citoyen acadien a délaissé son environnement politique. Inconsciemment, il s'est retiré du processus décisionnel à l'égard des affaires de sa société. Cela a permis à nos élu(e)s et/ou aux groupes d'intérêts de prendre beaucoup de place. Ce faisant, la classe dirigeante a tendance maintenant à percevoir et traiter le citoyen en CITOYEN ENFANTIN.
Pourtant, le citoyen acadien et francophone est bel et bien investi de droits et de devoirs. Il est protégé par la charte des droits de la personne et les droits linguistiques. Il détient en principe un formidable pouvoir politique de nature à le rendre un CITOYEN RESPONSABLE, c'est-à-dire responsable de penser sa société, de l'organiser, d'y participer et de la faire fonctionner.
Au N.-B., la communauté acadienne et francophone est souvent en lutte pour faire respecter ses droits ou pour en acquérir d'autres selon les besoins du temps. Sur le plan individuel, maintes situations discriminatoires sur le plan linguistique par exemple, peuvent survenir quotidiennement. Le citoyen acadien trouve généralement plus facile et expéditif de passer outre. Il se fie à la SANB et même au gouvernement pour rectifier ou améliorer la situation en son nom. Ce réflexe est bien humain, j'en conviens. Mais, il faut l'admettre, le pouvoir du citoyen ne s'exerce pas encore à son plein potentiel. Plus est, le relâchement citoyen n'est pas sans conséquence.
Il ne faut pas désespérer cependant. En l'absence d'un interlocuteur politique fiable et crédible, le citoyen trouve le moyen de s'exprimer, de passer à l'action, avec détermination et de différentes façons. Prenons les exemples suivants où des citoyens ordinaires (avec parfois l'appui de la SAANB du temps et certains professionnels) ont mené des luttes ayant marqué notre société. Toutes ces causes se rapportent à la question du respect des droits linguistiques et de l'atteinte à l'égalité réelle de la communauté acadienne. Je pense à la cause judiciaire portée par Mario Charlebois concernant l'usage du français dans les services et la réglementation municipale au N.-B. Il y a la démarche de Martin Rioux-LeBlanc à Dieppe pour une règlementation de l'affichage commercial en français dans sa ville. Je pense aussi à une dénommée Marie-Claire Paulin qui a gagné sa cause pour un service provincial en français de la GRC sur tout le territoire du N.-B. Il y a présentement l'action judiciaire d'un regroupement de citoyens appelé Égalité Santé en Français, en rapport avec les dernières réformes apparemment préjudiciables envers la communauté acadienne dans le domaine de la santé.
Ce sont là certes des exemples de grandes causes lourdes à porter par un citoyen seul. Tout citoyen ne peut faire de même. Mais assurément, à chaque jour, partout au N.-B., des gens ordinaires le font sur le plan local. On en n'entend pas ou peu parler. Cela pour dire que, déjà responsable de sa vie personnelle, le citoyen reconnait aussi avoir une autre responsabilité, celle en rapport avec son environnement et sa société. Il le sait parce que, au fond de lui-même, il a établit le lien entre les deux instances: l'état de sa vie personnelle dépend de l'état de son environnement. Pour le citoyen, voir à ces deux responsabilités ne fait plus de doute. Certes, se sera lui qui établira le juste équilibre dans l'exercice de ces deux niveaux de responsabilité. Mais, sur maintes questions sociétales et environnementales, le citoyen est prêt à s'investir.
En fait, cette logique citoyenne fut l'élément déclencheur du projet de restructuration précédemment mentionnée de la SANB. Anticipé au départ comme pouvant être un lieu de participation et de pouvoir des citoyens acadiens, la restructuration a finalement abouti comme lieu de pouvoir de groupes d'intérêts acadiens. Ce changement de cap ne peut que mener vers une issue: la démocratisation accrue du pouvoir politique en Acadie. Autrement dit, le citoyen acadien sorti du parapluie protecteur traditionnel qu'était la SANB (la SAANB dans le temps), a maintenant toute la latitude de se prendre en main.
La nouvelle SANB est à une croisée de chemin. Peu importe sa performance politique, il est de mise qu'elle apporte son soutien aux citoyens et aux citoyennes. Elle peut contribuer pleinement en visant la responsabilisation et la participation citoyenne sur le plan politique au sein de sa communauté et dans son coin de pays. L'atteinte de cet objectif peut s'articuler de la façon suivante par l'entremise de son forum des citoyens.
1- INFORMER: la SANB peut offrir un service d'information au niveau local, régional et provincial, sur les droits et les devoirs des citoyens et des citoyennes, sur les dossiers et les actions de la SANB dans différents secteurs ou domaines et pour donner l'heure juste sur les enjeux de la société acadienne et francophone.
2- CONSULTER: la SANB aurait intérêt à consulter et obtenir l'opinion de la population dans divers domaines pour aider aux prises de décision de l'organisme.
3- INCITER : encourager la responsabilisation et la participation du citoyen dans l'organisation et le fonctionnement de sa communauté et de son gouvernement, sur la base de ses droits et de ses devoirs et en vertu de son pouvoir politique. La participation citoyenne peut se faire au sein des instances où le pouvoir décisionnel s'exerce: les différents paliers de gouvernance, les partis politiques, les assemblées publiques, les organismes, les paroisses et le reste.
4- SOUTENIR : promouvoir l'idée d'une assemblée délibérante ou communautaire citoyenne; c'est à dire une instance de démocratie participative intercalée au sein du système politique actuel de démocratie représentative. Par Gilles Thibault, Grande-Digue, N.-B.
| Titre |
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