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le le dimanche 12 avril, 2009
Noël d'Antan

 

 
                                 Noël d’antan
  
   Quelque part dans mes souvenirs il y a cette fois où le vrai père Noël était passé chez nous. Nous étions trois enfants; une petite sœur bébé, Florent mon frère cadet âgé de cinq ans et moi de six ans. Florent fatigué d’avoir roulé une énorme boule de neige dormait déjà depuis huit heures comme notre sœur bébé, mais moi j’avais eu droit à ma première longue veillée. Vers les onze heures, malgré ma grande curiosité et tombant de sommeil je n’eu d’autre choix que d’aller rejoindre Florent dans le grand lit de notre chambre d’en haut.
   Le fait d’avoir attendu sans résultat depuis au moins quinze jours m’avait plongé dans une sorte de sommeil nerveux mais confiant. Oui il viendra, ma mère l’avait dit et mon père aussi. Oui nous avions été très sages. C’était la vraie école pour moi en septembre. Mon bulletin scolaire le disait avec une bonne note, et mon petit frère n’avait rien fait d’autre que de barbouiller mes vieux cahiers aux crayons de couleurs sans jamais dire un mot. Cependant je devinais que lui aussi sentait quelque chose de nouveau couver à l’horizon. Quoique lui, rien ne l’empêchait de continuer son sommeil de plomb, tandis que moi j’y arrivais à peine de temps en temps mais pour quelques minutes seulement. On aurait dit que le temps s’était arrêté. Et il se faisait toujours bien tard dans la nuit.
   Soudain c’était vrai! Oui! J’entendis des sons de clochettes accompagnés de joyeuses voix. Bien réveillé je compris que c’était des traîneaux tirés par des chevaux. Ne perdant pas de temps je me rendis à mi chemin dans l’escalier du grenier et je vis entrer la parenté en même temps que des flocons de neiges arrivant en rafale par cette porte. Sur les gros chiffres romains de l’horloge que je savais déjà lire, les aiguilles indiquait une heure du matin. C’était Noël. J’avais donc dormi. Cependant, ce qui attirait le plus mon attention était sous le sapin de Noël dans un coin de notre grande cuisine. Des boîtes aux belles couleurs bien ficelées de jolis rubans. Oui, le père Noël était passé, et père son complice l’affirmait d’un large sourire en me tendant l’une de ces belles boîtes rouges. Je l’ouvris en toute hâte. Un pistolet à pétard! Oui! Comme j’avais vu dans le gros catalogue et quelle chance! On était en 1940, c’était la guerre et les mauvais allemands venaient jusque dans la baie, au large du cap Loup-Marin. Cela on le savait parce qu’on voyait souvent des lumières se balancer dans les vagues, tard le soir. J’arriverais peut-être à les effrayer. Je mis un pétard, je tirai la gâchette et ce fut comme un coup de tonnerre dans la maison. Mais c’était Noël et je savais qu’on nous pardonnerait tout. On m’envoya même porter celui de Florent qui s’était réveillé sur le coup. En pyjamas, mi endormi et traînant les jambes, il vint à ma rencontre, curieux d’étrenner cet étrange objet pareil au mien. Je lui aidai à charger le pétard en lui disant qu’ensuite il fallait tirer en dessous. Et sur la première marche d’en haut, les yeux mi fermés de sommeil, il visa une image au mur, l’ange gardien. Le coup partit, mais son deuxième doigt se pinça derrière la gâchette. Pauvre lui! Il fut tellement surpris qu’il tomba sur le coup et se mit à rouler en bas de l’escalier jusqu’à notre mère qui se berçait. Il se fit un court silence. Arrête de pleurer lui dit-elle, en faisant de son mieux pour séparer le doigt de cette invention diabolique. Mais pas moyen, c’est notre père qui connaissant le mécanisme réussit à le dégager. 
   Ton ange gardien t’a quand même protégé malgré ce que tu viens de faire, dit mère. La prochaine fois essaye de viser le plafond et tirer d’un seul doigt. Il obéit et le lendemain il me ratait à chaque coup jusqu’à la fin de nos provisions de pétards. Enfin ce fut la paix au foyer jusqu’au nouvel achat de munitions. Mais la ville était loin et les pistolets se brisèrent, puisqu’on en fit des marteaux pour enfoncer les clous qui sortaient des planches de notre nouvelle maison. Et la guerre mondiale continua sans nous pendant quatre autres années.         
 
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