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le le samedi 28 février, 2009
Le Chien Savant

Il était une fois, longtemps passé, vers la fin de l’avant dernier siècle, un riche fermier qui habitait au nord d’ici. Il possédait de beaux attelages, de belles terres, des employées aux champs, plusieurs enfants et des servantes pour aider son épouse aux travaux du ménage. Ce qu’il souhaitait le plus par la suite pour bien réussir sa vie, était d’avoir un fils instruit. Alors quand Fernand le plus âgée termina ses classes élémentaires à l’école du village il décida de le placer aux États dans une grande Université de Boston.

Comme ce père de famille était un homme autoritaire qui cherchait toujours à se faire obéir sans fautes, les affaires allèrent vite bon train. Au premier semestre de septembre voilà son fils aîné rendu dans cette grande ville où il ne connaissait personne et très peu sur les nouvelles choses qu’il découvrait chaque jour. Cependant pour Fernand qui aimait bien les nouveautés ce n’était rien que les craintes normales du début. Ce ne fut pas long qu’il se fit beaucoup de bons amis et qu’il se mit à découvrir les nombreux attraits de cette grande ville. Il s’aperçu que son malheur venait du fait que son père qui aimait bien économiser ses sous le privait trop côté argent. Il est riche, se dit-il, et le peu que je dépenserai ni lui fera aucun tort. Alors il décida de virer à la dépense, comme aurait dit Alphonse.

Et pour arriver à soutirer cet argent de son vieux père il eut l’idée formidable d’organiser un plan à long terme qui lui fournirait chaque mois un peu plus d’argent à dépenser.

Aux premières vacances, il se mit un soir à raconter à toute la famille les merveilles de ce pays lointain et surtout de la ville qu’il habitait. Des chemins de fer sur toutes les rues, il disait, et des tramways qui circulent à longueur de journée. On dirait des maisons qui passent. Figurez-vous qu’un jour j’ai vu un homme dans une sorte de siège de carrosse montée sur quatre roues de bicycle et qui roulait sans cheval. Là-bas ils appellent ça un automobile. J’su’s certain père qu’on en verra par icite avant longtemps. Et les yeux grands ouverts tous l’écoutaient en silence. Et sans parler des usines, dit-il. J’ai vu des grosses manufactures où l’arbre arrive par un bout et les allumettes sortent à l’autre bout. Une autre où c’est la vache qui entre par une porte et les bottines qui sortent par l’autre.

Sentant maintenant que toute la famille l’écoutait attentivement sans perdre un seul détail, et surtout son père qui n’était jamais allé très loin hors de son village, il décida d’en ajouter et de raconter surtout les exploits de cette autre grande école près de l’Université ou l’on apprenait les animaux à parler. Vous voyez notre Fido qui est là derrière le poêle? Et bien, une fois passé par là il pourrait se joindre à nous autour de la table et parler aussi franc qu’une grande personne et dire enfin ce qu’il pense de nous.

Le père enchanté par les découvertes de son fils décida ce même soir que Fido le suivrait à Boston au prochain semestre. Se séparer de son fidèle ami serait pour lui difficile au début mais à bien y penser se dit-il, s’il apprend à parler il sera certainement la plus grande vedette des environs.

En septembre, comme prévu, Fernand arriva à Boston avec Fido. C’est à ce moment qu’il mit son fameux projet à exécution. Quand il manquait d’argent, il envoyait une lettre à son père pour dire que le chien faisait du progrès mais qu’il avait un certain défaut d’apprentissage, et qu’il faudrait plus d’argent pour améliorer sa diction en lui payant les professeurs les plus qualifiés de l’école. Sachant que son père aimait bien son chien, il arrivait à lui retirer chaque mois assez d’argent pour profiter de bien des plaisirs nouveaux qu’offrait cette grande ville. Il souhaitait que le bon temps dure aussi longtemps que possible et pour que l’argent continue de rentrer l’année suivante il s’est dit que lui-même arriverait à lui faire dire quelques mots avant son retour chez lui.

Il gardait donc le chien dans sa chambre et s’efforçait par tous les moyens de lui apprendre quelques mots afin de faire bonne impression en arrivant chez lui aux prochaines vacances. Avec beaucoup de travail et de patience il arriva enfin à lui faire dire le mot « Home », une autre langue, afin de démontrer aussi les possibilités de lui en apprendre deux.

L’été suivant il arriva avec le chien. Tout le monde était ravi des résultats. Des voisins arrivaient, demandaient au chien où il était rendu maintenant. Le chien répondait en se tordant le cou et la gueule, «Hoooooome». On disait, qu’il sera même bilingue. Le père surtout en était fier et ne regrettait aucunement l’argent investi dans ce nouveau phénomène de la science. C’est un excellent début, disait-il.

Profitant des générosités de son père l’année suivant, et sortant en ville plus souvent qu’à son tour, il n’eut pas le temps de faire apprendre d’autres paroles à l’animal. Mais il n’oubliait pas à chaque mois lorsqu’il écrivait à son père de lui dire que Fido s’améliorait de semaine en semaine et qu’il aurait besoin de plus d’argent pour qu’il s’améliore plus rapidement et qu’il monte plus vite dans une classe plus élevée. Un défaut de langue, disait-il. C’est la lettre « D » qu’il n’arrive pas à bien articuler. Il n’arrive pas à se coller la langue au palais pour bien la prononcer. Mais il ne faut rien craindre car on m’a dit que la plupart des chien au début avaient ce même problème et q’une fois rendu dans les classes plus avancées ce défaut disparaissait. Dans la correspondance suivante à son père c’était une autre lettre de l’alphabet et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’année.

Et Fido n’apprenait jamais un son de plus en restant continuellement dans la chambre à s’ennuyer. Si bien que, il lui fallut vendre le chien pour un peu d’argent afin de rembourser une dette à un ami étudiant qui lui prêtait souvent quelques dollars afin de boucler ses fins de mois.  Et comme le temps passe vite à s’amuser et que les bonnes choses ont aussi une fin, le voilà maintenant rendu au bout de ses études. Il est arrivé maintenant et trop rapidement, se dit Fernand, ce jour où il doit rentrer chez lui avec un chien qui parle comme un humain et qu’il n’a plus. Mais malgré tout je sais que je n’ai pas d’autre choix que de rentrer, se dit-il, en faisant sa dernière valise.

À l’heure de son arrivée à la petite gare du village toute la famille s’y était rendu pour l’accueillir. Mais leur joie est vite disparue quand on le vit descendre seul du wagon avec une mine triste plus que jamais auparavant. Le père osa s’approcher le premier et lui demanda où était son Fido. Il appela son père à l’écart et tout bas à l’oreille il lui dit : « Parlez-moi pas d’Fido père. Assis dans le train tous les deux dans le bout de Campbellton on parlait de choses et d’autres et tout à coup il se tourne vers moi, me regarde et me dit : « J’sais pas si à la ferme le père couche encore en cachette avec la servante?» C’est là père que j’n’ai pas perdu une seconde et que j’l’ai passé par la vitre grande ouverte. Vieille commère! J’ai dit. Oust! T’as bien fait, dit son père tout bas, t’as bien fait! Tu diras aux autres qu’il est mort là-bas de mort naturelle. Oui père, répondit celui qui devint plus tard excellent avocat. 

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