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le le vendredi 13 février, 2009
Le Cauchemar d'Alphonse

   Dans cette nouvelle histoire que je veux partager avec vous chers lecteurs et lectrices, c’est Alphonse seul au déjeuner qui raconte son rêve à sa femme Orise. Voici comment plus jeune je voyais mon conteur.

    J’ai encore faite un bardibarda d’rêve c’te nuit Orise. - J’t’ai dit q’tu mangeais trop de lard le soir. C’est ça qui te fait mal dormir.

   Y’avait des r’venant dans mon rêve. J’sais pas pourquoi le défunt Belore m’en voudrait.

   Y m’semble que quand mon rêve a commencé c’était à l’église pendant le grand sermon du père Van de Mortel. J’entendais qu’il répétait c’est lui le coupable, Alphonse Belavance, c’est lui, lui, lui, lui… Moi j’étais assis dans notre banc et j’me souvenais avoir vu en entrant la veuve Belore, Cécile, assis s’une chaise en arrière des bénitiers. C’est vrai qu’elle avait pas de banc et qu’elle était toujours là sur la petite chaise avec les plus pauvres depuis qu’on avait acheté son banc. Faut croire que c’est cà qu’a tout déclenché pour de bon mon cauchemar, parce que dans mon rêve je voyais tout d’un coup la vente des banc q’le Père Van faisait lui-même trente ans passé quand on est arrivé icitte au village. Y’me semble que j’le voyais arriver au banc de la vielle et dire : «c’est au tour du banc de Mme veuve Cécile Tremblay, «numéro cinquante-deux. Qui veut miser? Et la vieille Cécile de sa faible voix a laissé entendre : «cinquante cents». C’est probablement tout ce qu’elle possédait la pauvre. Tout de suite les autres qui se cherchaient un banc et qui voyaient là une vraie occasion se mirent à faire monter les enchères. Tous parlaient en même temps, et le père Van qui était un homme sévère s’empressa de régler ce malentendu qui avait lieu entre Zachari, Antime, Firmin. Antime vous allez vous taire, et la prochaine fois parlez plus fort que l’on vous entende. Soixante cents, soixante-quinze cents, une piastre qu’on entendit de ma voix derrière le groupe. Comme j’étais certains d’avoir du travail pour l’hiver au moulin a scies des Mécordé, p’is que c’était une façon de se montrer généreux envers l’église, j’ai crié : «Deux piastre»! en oubliant complètement la Cécile. Quelqu’un d’autre veut miser dit le Père Van. Deux piastre une fois, deux piastre deux fois, deux piastre trois fois, vendu. Et il a noté dans son livre, Alphonse Belavance numéro cinquante-deux, propriétaire pour l’année mille neuf cent trente.  J’te dis Orise, que c’était pareil comme dans le temps.

    Jusque là dans mon rêve c’était tel que ça s’est passé mais c’est par la suite qu’le bardibarda à commencé. Y’m’senble que j’m’en allais à la grange tirer la vache, p’is que le mari de Cécile, le défunt Belore était partout autour de moé. En prenant le petit banc pour m’installer devant les trayons de la vache j’entend une voix qui me dit : «c’est mon banc Phonse». Je recule, regarde partout, plus rien. C’est certain que dans mon rêve j’me faisait des idées. J’ai hésité à m’assire mais il fallait b’en que je la tire la pauvre, en plus qu’elle me parraissait pas trop généreuse. Une goutte de temps en temps. C’est pour ça que nerveusement avec tout ce qui m’arrivait j’ai réussi à remplir ma chaudière rien qu’à moitié.

   Pendant c’temps y’a deux chat dans le fenil qui menait un torrent du yable et dehors le vent n’arrêtait p’us de siffler dans les bardeaux. Et pardessus le marché, v’là la vache qui se retourne la tête de mon côté et se met a parler. J’ai cru comprendre qu’elle disait , Beloooooore! Dans mon rêve j’ai sursauté et j’ai pris par la porte au plus sacrant. En ouvrant j’ai senti comme une main qui me poussait dans l’dos et en me retournant j’ai vu Belore tel qu’y’était Orise, j’m’en cache pas. Sa casquette grise en tweed, sa moustache et son même makinaw à carreaux rouge et noir. C’était lui en peinture. Le voyant b’en vivant je n’avais plus peur, et j’ai dit : «qu’est-ce tu m’veux Belore?» Il disait : «ton banc c’est le banc à Cécile ma femme et dépêche-toi de lui rendre.» Sur le seuil d’la porte prêt à m’sauver, y m’donne une deuxième poussé dans l’dos. J’ai perdu mon lait mais c’était pas le pire, parce que j’ai glissé comme sur une vraie patinoire la tête la première. C’est là que mon front est arrivé en plein sur la glace et que j’me su’s réveillé. Y’était temps, parce que en me réveillant j’continuais à croire q’c’était vrai, j’étais tout en sueur et je tremblais comme les feuilles au vent.

    J’t’avais dit Alphonse, trop d’lard le soir.

   C’est quelque temps après le mauvais cauchemar d’Alphonse qu’un nouveau curé arrivait et mettait fin à cette pratique de vendre les bancs aux enchères. Cécile, comme tous les fidèles de la paroisse, pouvait maintenant choisir le banc qu’elle souhaitait et remercier le ciel des faveurs tardives qu’elle obtenaient. Aussi, s’assurait-elle d’arriver assez tôt pour toujours s’asseoir sur son ancien banc. C’est enfin la vieille qui avait gagné. Alphonse aussi d’une certaine manière, puisque Belore ne revint jamais dans ses cauchemars, même s’il lui arrivait de toujours en faire assez souvent.
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