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le le samedi 23 janvier, 2010
Corne de Brume
Portrait de freddie

                                  

   Quand la brume se lève il est presque certain que les vents s’arrêteront de souffler.   Sur la mer tout devient calme et en même temps c’est là qu’il existe les plus grands dangers de collision avec d’autres obstacles.  Car cette brume rend aveugle et les coups de cornes de brume que l’on fait entendre  à intervalles réguliers rappellent à chaque fois les dangers invisibles qui menacent ceux qui prennent la mer.  Aussi, toutes les histoires de naufrage refont surfaces et c’est le temps de fermer toutes les voiles et de cesser de naviguer.  C’est aussi à l’époque des voiliers que le danger de collision était le plus menaçant.  Sans radar pour les guider ils perdaient complètement de vue tout ce qui les entouraient.  Alors on arrêtait d’avancer jusqu’à ce qu’une brise chasse cette brume et que le temps s’éclaircisse à nouveau.

   Un jour, l’un de ces voiliers transportant du bois et qui faisait la navette entre la Gaspésie et Bathurst attendait une éclaircie pour se mettre en marche.  Le capitaine avait donné l’ordre de faire beugler la corne de brume à toutes les minutes comme le voulait le règlement.  D’autre aussi dans cette partie de la Baie s’étaient arrêtés et envoyaient leurs signaux à chaque minute.  Curieusement, tout à coup,  les hommes d’équipage entendirent un cri qui ressemblait à un bruit de moulin à bois quand une pièce de bois se casse parfois dans les dents d’une scie.    Mais à bien écouter une deuxième fois on s’est mit à croire qu’on s’était trop approché de la rive et qu’on entendait plutôt les cris d’un cochon venant d’une ferme où l’on faisait boucherie.  Le capitaine alors donna l’ordre de mesurer la profondeur de l’eau à cet endroit, et tous s’aperçurent qu’ils étaient encore à plusieurs milles de la côte.  Ce n’est que plus tard quand la brume se dissipa que l’on découvrit cette nouvelle corne de brume que des pêcheurs de morue voulant à tout prix sortir avaient installé sur le grand mat de leur barque.  C’était un jeune cochon au museau rose et à la queue tordu suspendu dans de bonnes attelles en cuir autour des pattes.  À chaque minute un jeune mousse avait  l’ordre de piquer le cochon au derrière avec une fourche à foin, pour que selon le règlement il fasse entendre son cri, c'est-à-dire cette nouvelle corne de brume.  Celui qui autrefois qui m’a raconté l’histoire m’a assuré que le jeune qui tenait la fourche à foins ne lui faisait aucun mal parce qu’aux premiers cris de la bête il s’arrêtait de piquer.   Et un bon penseur à bord satisfait du résultat disait : «Le cochon est le plus utile des animaux à garder autour d’une ferme ou sur un bateau, parce que rien de tout ce qu’il contient ne se perd, pas même la queue, ou le cri.»

   Bien entendu, ceux qui mangeaient pattes, oreilles ou queue, et qui se servaient de cette nouvelle corne de brume lui donnaient pleinement raison.

   Cependant, malgré tout, nos braves pêcheurs de morue n’arrivèrent pas à faire breveter cette invention jugée trop cruelle.  Alors bien des années plus tard quand cette idée nouvelle tomba à l’eau, un autre penseur avait dit : «En tuant le cochon il n’y a que le cri qui se perd, tous le reste est comestible.»  À lui aussi on donna raison.  Et plus personne n’entendit parler de cornes de brume vivantes.

 

 

 

 

 

 

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