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le le samedi 27 mars, 2010
Regard devant #5: Reconsidérer la retraite?
Portrait de ffoulem

 

Au début janvier, la ministre de la santé Mary Schryer annonçait un nouveau programme visant le recrutement d’infirmières. Ainsi on offrait $10 000 en boni à toute nouvelle infirmière s’engageant pour 2 ans. Plus troublant dans cette annonce était la mention que près de la moitié des infirmières présentement en poste dans la province sont à l’âge de la retraite. Absent de cette annonce est le fait que les écoles d’infirmières ne produisent pas suffisamment des finissants pour combler le départ des retraités.
 
Dans son édition du 24 février le Soleil de Québec faisait état de la même situation dans le domaine forestier. Ainsi, selon l’Université de Laval et l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, en 2015, pour 65 ingénieurs forestiers allant en retraite, seulement une trentaine de nouveaux finissants entreront sur le marcher du travail.
 
Cette situation s’applique à l’ensemble du monde industrialisé. L’édition de février 2010 du Government News signale que l’Australie doit se préparer pour le vieillissement de leur force ouvrière, puisque 57% des fonctionnaires dans le New South Wales avaient indiqués l’intention de prendre leur retraite avant 2015.
L’édition de décembre 2009 de Powergrid International indique un phénomène similaire chez les producteurs d’électricités. Le même mois, Poultry World en fait écho pour l’industrie agricole en Grande Bretagne.
 
Une étude effectuée aux Etats-Unis en 2008 par la fondation Twiga et le Sloan Center on Aging & Work démontre que le vieillissement de la force ouvrière est plus prononcée dans le secteur public que le secteur privé. Les fonctionnaires sont en tête de liste pour leur retraites et par conséquent, les dirigeants publics ont lieu de s’inquiéter d’une pénurie. Le secteur privé n’est pas loin derrière et ne peut s’asseoir sur ses lauriers.
 
Face à la pénurie de main d’œuvre qui va s’accentuer au point de devenir une crise durant les prochaines années, est-ce que la société doit ré-évaluer cette notion qu’est la retraite?
 
Considérons que le phénomène de la retraite est relativement récent : moins de 100 ans passés, pour faire place à la jeunesse sur un marcher du travail saturé, les administrateurs publics ont créés les pensions et encouragés les travailleurs les plus âgés à prendre une retraite bien méritée. En ce moment-là, l’espérance de vie pour un homme était près de 63 ans et de 65 ans pour une femme. On peut en déduire que la retraite était une période de temps pouvant varier entre quelques mois à quelques années avant la mort.
 
De nos jours, les conditions ne sont plus les mêmes. Pour une chose, l’espérance de vie est beaucoup plus longue (environs 20 ans de plus et grimpante). La retraite fait partie de notre cycle de vie aujourd’hui et cette période de temps peut représenter environ 23% de notre vie, contrairement à environ 7% un siècle passé.
 
L’enjeu économique aujourd’hui n’est plus la création d’emploi mais la création (ou plutôt le manque) de main d’œuvre. En autres mots : comme société on ne produit plus suffisamment d’enfants. En 2008, la moyenne se situait à environ 1.5 enfants par famille, tandis qu’il en faut 2.1 par famille pour maintenir le status quo. Donc la génération la plus nombreuse fait son exode vers la retraite et les générations suivantes ne sont pas assez nombreuses pour assurer la relève.
 
Selon certains sociologues, la situation, bien que sérieuse, n’est pas si alarmante. Ils notent que beaucoup de personnes éligibles à la retraite choisissent de demeurer à l’emploi, d’autres optent pour une réduction de leur semaine de travail au lieu d’une retraite. Ces choix peuvent adoucir ou retarder quelque peu l’impact de l’exode des Baby Boomers, mais ils ne l’éliminent certainement pas. 
 
Note importante, ce sont des choix : cad que l’ouvrier n’est pas obligé de travailler, mais il choisit de le faire à ses termes et conditions. Ceci change totalement la dynamique dans le contrat social entre l’employeur et l’employé car le pouvoir passe de l’employeur à l’employé. Dans la recherche du respect de l’ouvrier et de l’équilibre vie-travail, ceci est un excellent développement. En ceci, les semi-retraités développent soudainement un trait commun avec les jeunes de la génération Y qui n’ont pas un sentiment d’obligation envers l’employeur. Ils peuvent choisir leur travail et s’ils n’aiment pas les conditions de travail, ils peuvent facilement quitter et faire autre chose.
 
Environs dix ans passés, on voyait les pubs à la télé pour la retraite anticipée Liberté55. Vous remarquerez qu’on en parle plus de nos jours, comme si ce n’est plus le message qu’on veut véhiculer. L’attitude change et les employeurs sont bien contents de garder leurs employés âgés aussi longtemps que ces derniers y consentent et demeurent productifs. L’édition de La Presse du 20 février fait état que les quincailleries Rona courtisent activement leurs retraités. En fait, dans leur domaine, les « têtes grises » sont source crédible de connaissance et d’expérience que les clients apprécient. La Banque Nationale a réembauché à temps partiel un tiers des professionnels qui ont pris leur retraite entre 2003 et 2007, comme coachs et mentors auprès des jeunes gestionnaires. Ce genre d’initiatives aide certainement la situation, mais encore trop peu d’entreprises le font et même si elles le faisaient toutes, il en demeure que cet effectif à temps partiel ne peut compenser pour les besoins à temps pleins.
 
Une question légitime à se poser : est-ce les dirigeants politiques vont reconsidérer à la hausse l’âge de la retraite? Tant qu’ils retiennent la pension, les gens vont demeurer au travail, n’est-ce pas? Mesure draconienne qui peut faire tomber un gouvernement à la prochaine élection, puisque la population visée par cette mesure est aussi celle qui détient le plus gros volume de votes. Même si cette mesure serait considérée par les pays membres du G20 (puisque l’enjeu est mondial), je ne suis pas convaincu qu’ils oseraient l’imposer. Je tiens à préciser que ne n’ai trouvé aucune source d’information où cette idée est avancée; je suis simplement à observer des possibilités. À la lueur d’une pénurie générale de main d’œuvre, repousser l’âge de la retraite serait une possibilité, aussi impopulaire puisse-t-elle paraître aujourd’hui. Reste à voir si la pénurie deviendra assez grave que cette possibilité soit considérée sérieusement.
 
PS. Je note à mon lieu de travail la présence de quelques retraités qui sont de retour pour des stages de travail. J’imagine que ça se passe ailleurs aussi. Si vous êtes retraité et avez réintégré le marcher du travail, à temps partiel ou pas, SVP partagez ci-bas votre perspective et vos impressions de ces arrangements.
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