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Rêver en trois dimensions
Mise à jour le samedi 06 septembre 2008
Par: Roy, Martin
CARAQUET - "Je n'ai plus peur de la folie d'aller plus loin, de provoquer le rêve. Il y a peut-être un côté dérisoire dans mes oeuvres, mais jamais rien de négatif."Ingénieure "bidon", performeuse d'art contemporain, sculptrice d'installations, Michèle Bouchard est tout ça et rien à la fois. Elle refuse les étiquettes. Sauf celle d'être humain qui rêve en trois dimensions. En entrant dans la Galerie d'art Bernard-Jean du Centre culturel de Caraquet, Michèle Bouchard se tient debout au centre de son installation, Parc détraction. Elle nous invite à nous asseoir à l'un des quatre sièges de style ancien recouverts de cuir et à l'armure métallique. Elle nous apprendra plus tard qu'elle les a récupérés d'un vieux cinéma en démolition, lors d'un voyage en Ontario.Au centre de la pièce, une sorte de sculpture faite de roues de bicyclettes, de bobines de films vides et de morceaux de ferraille soudés. Des courroies et des fils de laine servent de mécanisme pour animer le tout, lorsque l'on active la pédale de bicyclette. Tout l'environnement est tamisé. Une lumière accrochée au bout d'un long fil permet de jouer avec les ombres de la machine. Michèle Bouchard s'exécute. La machine tourne, l'artiste déplace la lumière, créant ainsi des jeux d'ombres brutes dans la pièce. "C'est comme si on pouvait se faire son propre cinéma, indique-t-elle. Les ombres ressemblent à des personnages, ouvrent à l'imaginaire. La sculpture n'est pas très solide. Elle est comme l'humain: fragile et capable de se détruire." Cette explication sert de prétexte pour ouvrir la conversation. Michèle Bouchard arrête la machine et vient s'asseoir à son tour sur un banc de cinéma. "Je ne suis pas une experte en perfor-mance. Mon travail est en évolution cons-tante. Tout ce qui se passe ici, c'est dû à des accidents de parcours. La performance, si on peut la qualifier ainsi, c'est pour me rapprocher des gens", explique-t-elle. Ses sculptures semblent tout droit sorties d'un ferrailleur, ou d'un dépotoir. L'artiste ne s'en cache pas: elle utilise des objets laissés de côté, à cause de leur laideur, de leur pourriture, ou de leur inutilité. "Finalement, mon travail représente l'humanité. Certaines personnes sont laissées de côté. Ceux qui se disent civilisés les rejettent selon des cadres préétablis. Ce qui est rejeté m'attire. Nous avons le droit d'exister comme nous sommes. Non seulement nous avons le droit, mais nous avons le devoir de nous présenter avec toute notre vérité. Mon oeuvre, c'est le désir d'exister, comme nous sommes, parce que c'est là que nous pouvons offrir le meilleur de nous-mêmes", exprime Michèle Bouchard. En transformant des roues de bicyclettes, des dessus de poêles, des carrosseries de voitures ou de vieilles brouettes, et en les assemblant avec d'autres matériaux laissés-pour-compte, Michèle Bouchard leur redonne non seulement une deuxième vie, mais offre au spectateur l'occasion de rêver, d'ouvrir son imaginaire. Et de participer pleinement à la mécanique humaine. Car le rêve, pour elle, est le centre du fonctionnement de l'humanité. "Il y a un proverbe qui dit que les pouvoirs dorment en paix quand le peuple n'a plus la capacité de rêver. Le rêve est le moteur de la vie. Il vient de nous. Mon installation représente ça. Il faut l'actionner pour y découvrir des images, qui deviendront des projets concrets", soutient-elle. Native de Gaspé, Michèle Bouchard a étudié à l'École nationale de théâtre, volet technique. Elle a également acquis des notions d'anthropologie. Elle a fait sa maîtrise en arts visuels à Chicoutimi, au Québec. Son parcours en arts visuels l'a amenée à travailler les ombres, les installations sculpturales, à créer des espaces avec des boîtes de diverses grosseurs. Sa démarche d'aujourd'hui, elle la considère plus mature, plus cohérente qu'à l'époque de ses études. Nous avons devant nous "la vraie" Michèle Bouchard, souligne-t-elle. "Je n'ai plus peur de la folie d'aller plus loin, de provoquer le rêve. Il y a peut-être un côté dérisoire dans mes oeuvres, mais jamais rien de négatif. Au contraire, j'ai le goût de transmettre du beau. Je veux aller toucher à la vitalité humaine. C'est tellement beau la vie!", s'exclame-t-elle, affichant un large sourire. En bref... Michèle Bouchard prépare une deuxième "performance" à la Galerie d'art Bernard-Jean du Centre culturel de Caraquet. Elle s'intitulera Bidonville. Le vernissage aura lieu le 5 septembre. L'installation sera en montre pour les semaines suivantes... martin.roy@acadienouvelle.com
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