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L'analphabétisme demeure un problème urgent
Mise à jour le samedi 06 septembre 2008
Les gouvernements devraient avoir honte du problème de l'analphabétisme. Il n'est jamais trop tard pour comprendre, comme je l'ai constaté lorsque l'ancien premier ministre Frank McKenna, dont le gouvernement a réduit de moitié les salaires des formateurs en alphabétisation, a donné un discours enthousiaste à Saint-Jean, plus tôt cette année, sur l'importance de l'alphabétisation pour la productivité et sur l'urgence de se mobiliser pour l'alphabétisation comme les gouvernements l'ont fait pour réduire la dette il y a quelques années.

On aurait pu faire remarquer que la réduction de la dette, telle qu'elle a été faite, a probablement contribué au problème actuel de l'analphabétisme. En 1992, le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonçait des compressions en alphabétisation en déclarant qu'en temps de contraintes économiques, les ressources gouvernementales étaient tout simplement insuffisantes pour répondre à tous les besoins du Nouveau-Brunswick dans ce domaine. Si les personnes ayant des problèmes d'alphabétisme ressentent de la honte, c'est parce qu'on leur a fait sentir qu'elles ne comptaient pas.

L'analphabétisme est le résultat de difficultés éprouvées par des enfants - problèmes d'apprentissage, problèmes personnels ou problèmes à la maison - qui ne reçoivent pas l'aide dont ils ont besoin pour apprendre à lire et à écrire suffisamment pour fonctionner à l'ère de l'information. C'est le résultat d'un réseau de personnel enseignant et d'écoles ayant des ressources tellement insuffisantes ou faisant des hypothèses tellement mal avisées que les élèves incapables de fonctionner continuent à passer au niveau suivant. Ce sont des adultes analphabètes obligés de trouver leur chemin dans un dédale de services fournis dans des sous-sols d'églises où des formateurs et des formatrices bénévoles doivent approvisionner la salle de classe, comme on nous l'a dit, tant en papier pour écrire qu'en papier hygiénique.

L'un des secrets les mieux gardés au Nouveau-Brunswick est le fait que l'an dernier, le gouvernement provincial a entrepris des changements importants pour rendre l'apprentissage des adultes plus invitant. Les centres d'accès communautaires en place ont été fusionnés avec les centres d'alphabétisation afin d'améliorer l'accessibilité et de réduire la gêne que de nombreux apprenants et apprenantes éprouvaient lorsqu'ils participaient à des programmes d'alphabétisation. Les formateurs et les formatrices commencent à être mieux payés, bien que les salaires soient encore inférieurs à ce qu'ils étaient avant la débâcle des années 1990. Une structure est en train d'être mise sur pied.

Comme c'est le cas dans la plupart des emplois sous-payés, mais exigeant un bon niveau de scolarité, ce sont principalement des femmes qui sont formatrices en alphabétisation. La plupart des apprenants éventuels sont également des femmes. Le taux de décrochage scolaire est significativement plus élevé chez les garçons que chez les filles, mais les conséquences du décrochage sont parfois plus grandes pour les filles.

Les filles qui quittent leurs études parce qu'elles sont enceintes, ou souvent parce que les écoles et les collectivités sont rarement équipées pour soute nir des adolescentes enceintes, apprennent rapidement l'importance de savoir lire et écrire pour élever un enfant. Mais alors, le premier défi consiste à trouver des services de garde pour suivre un programme d'alphabétisation.

Les femmes s'inscrivent souvent à un programme d'alphabétisation afin de pouvoir aider leur enfant à faire ses devoirs. Le nouvel accent mis sur l'alphabétisation familiale, bien que ce soit une belle idée, a amené certaines personnes, apprenantes et formatrices en alphabétisation, à signaler le danger de trop insister sur l'analphabétisme des mères plutôt que sur celui des femmes, comme si l'alphabétisation était le devoir d'une mère et non le droit d'une femme.

Pour les femmes, l'alphabétisation signifie beaucoup. Elle offre la promesse d'un meilleur contrôle sur leur vie, d'un nouveau départ. De tels changements sont perçus différemment s'ils sont effectués par des femmes plutôt que par des hommes. L'habilitation, c'est-à-dire la capacité de prendre sa place et de se faire écouter, est un défi même pour les femmes instruites.

Pour toutes ces raisons et parce que les femmes, en particulier les femmes adultes, apprennent différemment des hommes, il faut s'intéresser aux besoins précis des hommes et des femmes lorsqu'il est question d'alphabétisation.

GINETTE PETITPAS-TAYLOR

Présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick

Moncton

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