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Car un trésor est caché dedans
Mise à jour le jeudi 28 août 2008
Par: LeBouthillier, Claude
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Photo : L’Acadie Nouvelle, Edouard Robichaud.
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Une des plus anciennes expositions acadiennes s’est tenue la fin de semaine dernière à Sainte-Marie-de-Kent, la 52e exposition agricole. Un régal pour les sens. Déjà la rivière de Bouctouche qui sépare les deux vallons verdoyants peut rivaliser avec bien des paysages. Et les meules de foin doré qui parsèment les champs évoquent un musée à ciel ouvert. On croirait y voir la célèbre toile de l’Angélus, de Millet.Je suis accueilli par un concert de beuglements; c’est vachement exotique pour le "pousseux" de crayons ou plutôt de pitons que je suis devenu. Quand j’étais enfant, nous avions une petite ferme pour nos besoins, comme tous les Acadiens, d’ailleurs. J’ai eu de beaux moments à entrer le foin, à traire la vache, à promener le cheval, à nourrir les poules, à regarder le cochon se gaver de pelures de patates, à m’occuper des brebis, mais l’odeur ne m’a jamais interpellé dans le positif. J’admire ces fermiers qui n’ont pas une seule journée de vacances pour que nous puissions bien manger. Je rencontre dans une étable le cousin de M. Duivenvoorden, celui qui a perdu par le feu son troupeau de vaches à Belledune, et je sympathise. Je croise de grandes beautés, les Herefords pour la viande puis les vaches laitières Holsteins, de l’établissement Westmorland, tous sur leur 36. Il y a la parade du troupeau; ça prend des experts comme juges pour faire la différence et les propriétaires lorsqu’ils décrivent leurs vaches savent de quoi ils parlent; que les hanches sont bien faites, que les os sont suffisamment saillants, que les veines sont de grosseur idéale. Ça ressemble à un concours de beauté comme chez les humains, à l’exception près qu’ils ne peuvent faire de discours apparents ni danser la gigue. Je vois parader dans l’enclos ces belles bêtes pour gagner un prix et monter sur le podium.Je déguste un savoureux blé d’Inde de McKees Mills servi par une jeune anglophone qui parle un français impeccable. Je remarque des moutons, chèvres, lapins, dindons, canards et des enfants qui s’exclament. À l’intérieur d’une salle, on retrouve une série de produits agricoles, carottes, betteraves, oignons, grains, etc., qui ont gagné des prix, ce qui me ramène aux concours 4H de mon enfance. Comme ils sont beaux ces produits de la terre et que nous sommes chanceux de ne pas vivre dans un désert aride. Sans oublier courtepointes, dentelles et tout ce que les doigts de fées peuvent créer. Une fable de Lafontaine, Le laboureur et ses enfants, est riche d’enseignement et voilà essentiellement ce que disait sur son lit de mort un père à ses fils. "Gardez-vous, leur dit-il, de vendre la terre que vous ont léguée les ancêtres, car un trésor est caché dedans." Les fils ont creusé, fouillé, déchiré le sol pour ce trésor avant de réaliser que le trésor, c’était la terre. Alors que la mer se vide, que la forêt se fragilise, la bonne vieille terre retourne en friche et à l’abandon. Mais devant le prix du transport et la pollution qui s’ensuit pour déguster des fraises de la Californie et devant ce besoin de sécurité et de retour aux sources qui fait qu’on veut nourrir nos racines, et humer le fruit de nos labeurs, s’esquisse timidement un certain retour à la terre. Bien sûr, on est loin des immenses champs de culture, mais quelques braves plantent des fines herbes, quelques navots, citrouilles, tomates, concombres, fèves, laitues et certains ont des poules et des canards. Les bleuetières sont à la mode et les champs de fraises, etc. Bien sûr, il y a des normes à respecter. Dimanche, ce fut l’apothéose avec les immenses chevaux Clydesdales - utilisés pour la guerre en Europe et venus en Amérique vers 1846 - nous arrivant des États-Unis, attelés en groupe pour tirer un wagon, dans leurs plus beaux atours. Ils marchent ou galopent à l’unisson; ça ressemble à une danse. Ils viennent promouvoir la Budweiser. J’ai vu des percherons aussi. Il y avait encore les superbes chevaux de quelqu’un d’ici: Émile Belliveau. Il est temps que le goût des produits du terroir nous interpelle davantage, car de plus en plus de jeunes croient que la carotte est fabriquée chez Wal-Mart, que la vache est une image virtuelle sur un jeu vidéo, que le lapin n’est qu’une friandise en chocolat pour Pâques! Un cheval qui apparaît au détour d’une route suscite autant d’engouement que la venue d’un extra-terrestre. Avant, quand le cheval voyait une auto, il se cambrait; maintenant, c’est nous qui devenons tout excités. Alors, en dégustant une salade du jardin ou un bon bouilli aux légumes, regardons autrement nos terres en friche et voyons si un trésor n’est pas caché dedans!
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