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Atteindre l'équilibre
Mise à jour le jeudi 28 août 2008
Par: Jean Saint-Cyr
Il s'est écoulé déjà six ans depuis le dépôt du rapport Jakko Pöyry qui recommandait d'accroître considérablement l'approvisionnement en bois à l'industrie forestière. Armée de cette étude, l'industrie forestière exhortait le gouvernement du Nouveau-Brunswick à bouger vite pour donner un nouveau souffle à l'industrie aux prises, déjà à ce moment-là, avec des difficultés importantes.En 2002, l'industrie forestière représentait un peu plus de 11 % du produit intérieur brut du Nouveau-Brunswick. Elle affirmait payer au gouvernement du Nouveau-Brunswick pas moins de 50 millions $ par année en redevances, 264 millions en taxes de toutes sortes dont 21 millions en taxes foncières, et elle estimait dépenser 250 millions dans le secteur énergétique, principalement acheté chez Énergie NB. Elle estimait que près de 20 000 personnes vivaient de l'industrie forestière dans la province. Le portrait a bien changé. Deux ans plus tard, en 2004, le gouvernement provincial n'avait toujours pas bougé sur les recommandations du rapport Pöyry. L'industrie forestière était exaspérée. À la fin de l'année, son porte-parole déclarait que l'industrie en avait assez des études: sept études alimentaient déjà à ce moment-là les débats sur l'avenir de la forêt au Nouveau-Brunswick. C'est le temps de passer à l'action, criait l'industrie. Elle n'a pas su convaincre le gouvernement qui créait l'année suivante, en 2005, le Groupe de travail du Nouveau-Brunswick sur la diversité forestière et l'approvisionnement en bois. C'est ce groupe, présidé par Thom Erdle, qui a déposé son rapport hier, après une étude et une analyse qui auront duré près trois ans.Les sombres prévisions que faisait à la fin de 2004 l'Association des produits forestiers du Nouveau-Brunswick se sont avérées: alors que certaines usines avaient déjà fermé au cours de cette année-là, la série noire s'est poursuivie jusqu'à cette année. L'industrie criait aux loups parce qu'ils étaient bel et bien entrés dans la bergerie. Mais gérer la forêt des terres de la Couronne ne se limite pas à assurer un approvisionnement en bois à l'industrie. Cette propriété collective des citoyens du Nouveau-Brunswick, gérée par leur gouvernement, abrite une flore et une faune diversifiées, tout un réseau de rivières poissonneuses; elle constitue un écosystème complexe où les contribuables s'adonnent à toute une panoplie d'activités de loisirs, la plupart issues d'une longue tradition citoyenne. Atteindre l'équilibre entre les besoins économiques d'une industrie cruciale au Nouveau-Brunswick et la protection de la richesse de l'écosystème dont les citoyens font usage, c'est le défi que le Groupe de travail avait à décrire au gouvernement. Pendant que le ministre des Ressources naturelles prenait possession du rapport du groupe de travail sur la diversité forestière et l'approvisionnement, son homologue d'Entreprises Nouveau-Brunswick recevait le rapport du Groupe de travail sur les perspectives d'avenir de l'industrie, dont la création avait été annoncée par le premier ministre dans son discours sur l'état de la province cet hiver. Ce groupe de travail dirigé par Don Roberts et Peter Woodbridge avait le mandat de cerner les possibilités d'avenir que devront saisir les intervenants industriels de la forêt. Il ne serait pas honnête de la part de l'industrie de prétendre d'attribuer l'inaction politique, tant des conservateurs que des libéraux, l'effondrement de ses usines et de ses scieries dans la province. En fait, en ayant essayé de faire survivre cette industrie en hypothéquant à outrance la forêt du Nouveau-Brunswick, les fermetures auraient quand même eu lieu, mais la santé de notre forêt se serait outrageusement détériorée. Tout comme le contexte économique de l'industrie a subi un profond changement, le régime de gestion publique des terres de la Couronne est appelé à se transformer radicalement. Appuyé sur les deux études, le temps est venu de négocier une approche novatrice à la gestion de notre propriété collective. Ne ratons pas l'occasion, les consultations sont ouvertes.
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