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Pervez Musharraf quitte le pouvoir
Mise à jour le mardi 19 août 2008
Par: Zarar Khan
ISLAMABAD - Après plusieurs jours de suspense et de tractations en coulisses, le président Pervez Musharraf a cédé. L'ancien homme fort, aux commandes du Pakistan depuis 1999, poussé vers la sortie par la coalition de ses rivaux déterminés à lancer une procédure de destitution contre lui, a annoncé sa démission, hier, pour éviter une longue bataille juridique susceptible d'ébranler encore un peu plus un pays en crise.

Au cours d'une longue intervention télévisée pleine d'émotions, consacrée à la défense de son action, Pervez Musharraf a affirmé que tout ce qu'il avait fait était "pour le peuple, et pour le pays".

"J'espère que la nation et le peuple pardonneront mes erreurs", a-t-il cependant lancé à la fin de son discours.

Musharraf a aussi mentionné les nombreux problèmes du pays, y compris son effondrement économique: "Je prie pour que le gouvernement arrête cette dégringolade et sorte le pays de la crise."

La pression était montée ces derniers jours sur Musharraf, la coalition ayant annoncé la finalisation de son dossier en destitution et son intention de le présenter officiellement au Parlement dès le début de la semaine. Dimanche encore, le président affirmait, via son porte-parole, qu'il était hors de question pour lui de démissionner, et se montrait confiant de pouvoir démonter les accusations.

Le président a précisé qu'il remettrait sa démission officiellement hier au président de l'Assemblée nationale, mais on ne savait pas si elle prendrait effet immédiatement. L'intérim de la présidence sera assuré par le président du Sénat, Mohammedmian Soomro.

Après le discours, la coalition s'est réjouie de ce qu'elle a qualifié de "victoire des forces démocratiques", selon les termes du ministre de l'Information Sherry Rehman, saluant "la fin d'un chapitre", celui de "l'ombre de la dictature, qui planait depuis longtemps sur ce pays".

Pervez Musharraf n'a pas dit s'il resterait au Pakistan ou partirait en exil, peut-être vers l'Arabie saoudite ou la Turquie, selon les spéculations: c'était là l'un des principaux points en suspens dans les tractations en cours entre le camp présidentiel et les partis de l'opposition, désormais au pouvoir depuis les législatives de février.

Depuis que la coalition a annoncé, début août, son intention de lancer une procédure en destitution contre Musharraf, pour des chefs d'accusation non rendus publics, mais comportant des "violations graves" de la Constitution, alliés et rivaux du président avaient fait part ces derniers jours de tractations sur l'avenir du président. Il s'agissait notamment de discuter de l'opportunité de l'exonérer, en échange de sa démission, de toute poursuite à l'avenir. On ne savait pas, hier, ce qu'il en était, mais la coalition a semblé divisée sur le sujet: le parti de l'ancien premier ministre, Nawaz Sharif, renversé en 1999 par le putsch de Musharraf, qui était alors son chef des armées, refusait toute idée d'immunité et voulait le voir jugé pour haute trahison. Le PPP (Parti du peuple pakistanais) de l'ex-chef du gouvernement assassinée, Benazir Bhutto, aujourd'hui dirigé par son veuf, Ali Asif Zardari, se montrait lui plus conciliant.

Interrogé hier sur l'avenir de Musharraf - exil, immunité, procès -, le chef de la diplomatie Shah Mahmood Qureshi (PPP) n'a pas été plus précis.

Dans les deux camps, on estimait qu'une procédure de destitution serait une mauvaise chose pour le Pakistan, confronté qu'il est déjà à l'effondrement de son économie et à une insurrection islamiste de plus en plus virulente. En outre, jamais dans son histoire tourmentée un président n'a été destitué et la bataille juridique s'annonce longue et sans doute conflictuelle.

C'est en tout cas une sortie sans gloire pour l'homme qui a dirigé le Pakistan d'une main de fer pendant plus de huit ans, ne renonçant que l'année dernière, sous la pression internationale, à sa casquette de chef des armées, et qui il n'y a pas si longtemps encore était considéré par Washington comme son meilleur allié dans la guerre contre le terrorisme. Un allié désormais inutile, voire encombrant pour les États-Unis, depuis qu'il avait décrété l'état d'urgence et réprimé l'opposition en 2007, alors que la violence se déchaînait dans le pays.

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