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La grandeur anachronique
Mise à jour le mardi 19 août 2008
Par: Jean Saint-Cyr
À la veille des cérémonies d'ouverture des Jeux olympiques, un drame humanitaire et politique a éclaté au grand jour en Géorgie quand la Russie a décidé d'y déployer sa force militaire.Il y aura deux ans le 12 novembre, 90 % des citoyens de l'Ossétie du Sud se sont prononcés en faveur de l'indépendance de leur province face à la Géorgie, le pays dont elle fait partie, une décision qu'appuie la Russie. Cette dernière abrite l'Ossétie du Nord, et elle prétend que le désir d'indépendance de l'Ossétie du Sud est légitime. La tension monte dans les rapports entre les deux pays, pourtant déjà au point d'ébullition. La Géorgie n'a jamais accepté la sécession de l'Ossétie du Sud, pas plus que la Russie n'a accepté que la Tchétchénie n'accède à son indépendance. Toutefois, la Russie est isolée dans ses vues sur l'Ossétie du Sud, la communauté internationale étant plutôt rangée du côté de la Géorgie.Rappelons qu'après la dissolution de l'Union soviétique, une nouvelle fédération avait vu le jour: la Communauté d'États indépendants (CEI). Mais l'attitude intransigeante et hégémonique de la Russie à l'égard des pays membres de cette communauté a finalement transformé la structure de coopération en panier de crabes. La Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie ont formé dès 1996 GUAM, une alliance visant à soustraire ses pays membres du contrôle excessif de Moscou. Si résister à la Russie vers la fin du règne de Boris Eltsine ne portait pas à de graves conséquences, l'arrivée de Vladimir Poutine à la présidence a marqué un durcissement impitoyable entre Moscou et les anciens pays satellites de l'Union soviétique désireux de s'émanciper. Poutine a misé avec un certain succès sur la nostalgie de ses concitoyens pour la grandeur de la Russie. C'est au nom de cette grandeur qu'il a écrasé sans ménagement l'insurrection tchétchène dès son arrivée au pouvoir, qu'il a restauré à grands frais Saint-Pétersbourg, qu'il a remis en selle l'autorité de l'État, qu'il a discipliné l'économie en rendant l'État maître des secteurs névralgiques et qu'il a redonné aux troupes militaires tant la confiance de leurs moyens qu'un sens de l'honneur et de loyauté à la patrie. La stratégie a fonctionné, il bénéficie d'une popularité dont peu de chefs d'État peuvent se targuer. Mais cette quête pour restituer la grandeur de la Russie a étouffé plusieurs facettes de la démocratie: liberté de presse et d'entreprise dans les secteurs clés de l'économie sont illusoires. L'opposition publique aux politiques et aux plans de Poutine est sévèrement réprimée. Le harcèlement, l'emprisonnement et l'intimidation sont monnaie courante, et nombre de morts et de disparitions restent suspectes. Comme on pouvait le lire dans la chronique de Gwynne Dyer vendredi dernier, la Géorgie n'a pas les mains aussi propres que le clame son président, Mikhail Saakachvili. Refuser de reconnaître le référendum de 2006 pour la séparation est une chose, ramener l'Ossétie du Sud dans les rangs par les armes en est une autre, et c'est une action que la Géorgie n'aurait jamais dû entreprendre. Si la vie de centaines de milliers de personnes n'était pas en jeu, on ne pourrait que s'esclaffer à entendre la leçon de démocratie que George W. Bush et Condoleeza Rice veulent donner à la Russie: c'est la Maison-Blanche qui a sciemment menti à la communauté internationale et qui l'a défiée pour envahir l'Irak, ce faisant en provoquant la mort de centaines de milliers de civils. Les moyens pris par la Russie pour retrouver sa grandeur sont anachroniques. Nous ne sommes plus aux temps où la grandeur d'un pays et d'un peuple était mesurée par la puissance de sa force militaire. En poursuivant cette voie, la Russie répète l'erreur de jugement du président Bush et de ses faucons. Pour s'en convaincre, il suffit de constater l'échec de la Communauté des États indépendants. Cette fédération n'a pas fonctionné parce que la Russie a voulu dominer plutôt que de rassembler. Rédacteur en chef Commentaires: jean.saintcyr@acadienouvelle.com
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