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L'iniquité salariale, un héritage du moyen âge
Mise à jour le samedi 05 juillet 2008
Comme preuve de bonne volonté devant les revendications répétées de la Coalition pour l'équité salariale, la ministre responsable de la Condition de la femme, Mary Schryer, a mis sur pied, en 2005, un plan d'action intitulé Faire face à l'impératif économique, visant à réduire l'écart salarial entre les hommes et les femmes au Nouveau-Brunswick de 10 % en cinq ans. Cette semaine, la même ministre annonçait qu'entre 2006 et 2007, cet écart salarial avait augmenté de 0,6 %. Et bien sûr qu'elle est prête à fournir des explications pour justifier ce recul, qui contribue à mettre en doute l'efficacité du plan provincial.

Précisons que le plan de la ministre Schryer ne vise que les organismes de juridiction gouvernementale, le secteur privé étant "invité" à travailler dans le même sens. De son côté, la Coalition pour l'équité salariale n'exige rien de moins qu'une loi provinciale qui obligerait les secteurs publics et privés à adopter les mesures nécessaires pour éliminer toute iniquité salariale entre les femmes et les hommes.

Il me paraît assez évident qu'une mesure législative ne serait pas, ipso facto, la garantie d'une correction immédiate et parfaite à l'injustice décriée. D'ailleurs, le gouvernement de la province a plusieurs fois utilisé cet argument pour réfuter les revendications de la Coalition, alléguant que là où une loi en ce sens fut adoptée, par exemple, au Québec et en Ontario, il demeure beaucoup de problèmes non réglés. Ce que le gouvernement ne mentionne pas, cependant, c'est la raison pour laquelle ça ne marche pas. Et la raison est que les gouvernements qui ont légiféré sur l'équité salariale n'ont pas démontré la volonté politique d'implanter les mesures qu'il fallait pour renforcer l'application de la loi. Je n'ai pas espoir qu'il en serait autrement ici, au Nouveau-Brunswick.

On peut établir un parallèle avec la loi sur l'égalité des deux communautés linguistiques au pays et ici, au Nouveau-Brunswick. Vingt-cinq ans plus tard, la lutte pour la reconnaissance de ces droits dans les faits se poursuit et c'est devant les tribunaux que des parcelles de gains sont réalisées; et même ces gains ne sont pas toujours respectés.

Les citoyens et les citoyennes de la province qui s'intéressent à la question de l'équité salariale au point de lire ou d'écouter les discours qui décrient les injustices au quotidien sont déjà vendus à la cause. Je me suis déjà demandé comment on ferait pour réunir tous les récalcitrants en un même endroit et les obliger à entendre, à écouter les faits et leurs conséquences, les témoignages de situations inacceptables qui sont monnaie courante encore aujourd'hui. Puis je me suis dit que ça ne changerait probablement rien. Les oreilles bouchées le resteront aussi longtemps que la conscience sera verrouillée par en dedans.

Après l'adoption d'une loi, il restera encore à changer les fondements mêmes de la conscience sociale "androdominante", qui est malheureusement assez répandue aussi dans la population féminine, au point où la perception d'injustice ou d'inégalité se trouve affaiblie dans l'attitude et dans l'agir quotidien.

Malgré tout, je demeure convaincu que dans la société des hommes où nous vivons, l'exigence d'une loi est la voie à poursuivre pour corriger une situation moyenâgeuse qui perdure. C'est même une étape incontournable, à mon sens. Se fier à la bonne volonté des employeurs pour corriger ces inégalités, c'est comme vouloir gouverner un état par l'énoncé de voeux pieux.

CYRILLE SIPPLEY

Saint-Louis-de-Kent

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