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La tournée internationale de Barack Obama
Mise à jour le vendredi 25 juillet 2008
Par: Dyer, Gwynne
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Photo : Associated Press, Dan Balilty.
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La question de politique étrangère par excellence que Barack Obama ne peut éviter est la suivante: que faire des guerres de Bush?Barack Obama cherche à retirer trois choses de sa tournée au Moyen-Orient et en Europe. Il veut que partout on pense qu’il a les solutions aux guerres d’Irak et d’Afghanistan. Il souhaite que les juifs américains soient convaincus de son soutien inconditionnel à Israël. Enfin, il veut que les Américains se rendent compte que les Européens voteraient pour lui à une majorité de cinq contre un s’ils pouvaient s’exprimer dans les élections américaines. Les Américains s’en rendront sûrement compte... Mais attention, il existe un groupe clé de l’électorat américain dont le soutien pourrait faire d’une victoire du candidat Obama, en novembre prochain, une certitude absolue: les blancs pauvres des villes délabrées des États industriels américains. Ceux qui "s’accrochent aux armes, à la religion, ou à la haine contre ceux qui ne sont pas comme eux [...] pour exprimer leur frustration...", selon la formule mémorable de Barack Obama à l’automne dernier. Ces Américains-là ne sont pas impressionnés par le point de vue des étrangers et ils ne votent plus systématiquement Démocrate.Les juifs américains non plus. En outre, la majorité sioniste parmi eux est profondément sceptique sur l’engagement de Barack Obama envers Israël, et ce, même s’il est rentré dans le rang et affirme désormais qu’Israël n’est que la victime innocente "d’idéologies perverses et haineuses de l’islam radical". Toute l’histoire s’est évanouie dans un trou noir. Aujourd’hui, le sénateur de l’Illinois n’évoque plus les questions sous-jacentes de conquête et de colonies. Barack Obama a troqué sa formule de l’an dernier, "Personne ne souffre davantage que le peuple palestinien", contre une formule plus acceptable: "Personne ne souffre davantage que le peuple palestinien en raison du refus de l’autorité palestinienne de reconnaître Israël". Et Barack Obama déclare désormais que Jérusalem "doit rester unifiée". Ça suffit pour lui assurer la neutralité des organisations sionistes importantes. Loin d’être dupes, elles savent qu’en réalité le candidat démocrate trouve la situation beaucoup plus complexe que cela. Tant qu’il se sortira de son étape au Moyen-Orient sans qu’un quelconque représentant du Hamas lui offre des fleurs, tout ira bien sur ce front-là. La question de politique étrangère par excellence que Barack Obama ne peut éviter est la suivante: que faire des guerres de Bush? Sa solution à court terme de coupler à son opposition de longue date à la "mauvaise guerre", l’Irak, un tout nouvel enthousiasme pour la "bonne guerre", l’Afghanistan. La proposition de Barack Obama d’envoyer 10 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan ne changera pas la situation là-bas. Même une centaine de milliers de soldats américains ne changeraient pas la situation. Il le sait peut-être, mais c’est sa seule option pour gérer le fait - embarrassant politiquement - que la stratégie d’envoi de renforts en Irak de George W. Bush, la fameuse "surge", a apporté des améliorations visibles sur le plan de la sécurité locale. Ces améliorations ne dureront pas forcément. En effet, les milices sunnites, ainsi que la grande milice chiite de Moqtada Al-Sadr, ne font peut-être qu’attendre le départ des Américains pour se réveiller. Cependant, le sentiment qui prévaudra ces prochains mois, d’ici l’élection, sera toujours que l’Irak est en voie de devenir un succès américain. Or, le sénateur de l’Illinois s’est dès le début opposé assez justement à l’invasion. Il s’est, en outre, engagé à retirer les troupes de combats étasuniennes dans les seize mois suivant sa prise de fonction. Alors, comment parer à l’accusation selon laquelle il risquerait ainsi de compromettre la victoire? En brandissant l’argument suivant: mettre fin à la guerre en Irak est "essentiel pour atteindre [nos] objectifs stratégiques plus larges, à commencer par l’Afghanistan et le Pakistan, où les talibans reviennent et où al-Qaïda a trouvé refuge." S’il veut, à juste titre, évacuer l’Irak le plus rapidement possible, il a besoin de la guerre en Afghanistan pour l’expliquer aux électeurs américains. Car ces derniers ont été persuadés par des années de propagande que le meilleur moyen de gérer les menaces terroristes était d’envahir d’autres pays. "Je continue de croire que nos ressources en Afghanistan ne sont pas suffisantes", affirmait-il récemment à Washington. "C’est là le véritable centre de l’activité terroriste qu’il nous faut combattre, et combattre avec agressivité." C’est absurde, même si c’est un refrain ressassé mille fois par jour aux États-Unis par les experts des médias et les pseudo-analystes militaires. Aucun Afghan n’a mené d’attentat terroriste dans un pays occidental et il est peu probable que cela arrive. Par ailleurs, inonder le pays de soldats étrangers ne mettra pas fin à l’insurrection afghane: dans les années 1980, les Russes avaient deux fois plus de soldats en Afghanistan que l’Occident aujourd’hui et, pourtant, ils ont perdu. L’invasion de l’Irak en 2003 était une terrible erreur. Mais l’invasion de l’Afghanistan en 2001 était elle aussi une faute stratégique, même si c’était une nécessité politique pour les États-Unis après les attentats du 11 septembre. Soumettre le pays à un strict blocus et le placer en quarantaine aurait été une solution plus efficace et bien moins coûteuse pour neutraliser Oussama Ben Laden et al-Qaïda. Car in fine, les troupes occidentales devront une nouvelle fois quitter l’Afghanistan, et si les talibans regagnent le contrôle (pas si probable en réalité), la quarantaine est peut-être la solution à laquelle il faudra recourir à long terme. Barack Obama en est-il conscient ? Ce n’est pas si sûr, car cette position n’est pas encore acceptée au sein des "experts en politique étrangère" américains, y compris chez les conseillers du candidat. En revanche, l’argument selon lequel le retrait d’Irak est nécessaire pour avoir de meilleures chances de "gagner" en Afghanistan est suffisamment plausible pour que le candidat démocrate puisse maintenir sa popularité au cours des prochains mois. Tant qu’il s’en tiendra à des platitudes au Moyen-Orient et qu’il évitera de se livrer à trop d’adulation en Europe, le voyage de Barack Obama lui aura été favorable.
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