Mode : Invité | Entrée des membres
Abonnez-vous
Les Acadiens de l’Île Saint Jean
Mise à jour le jeudi 24 juillet 2008
Par: Le Bouthillier, Claude
Angèle Arsenault.
Certains diront qu’il faut regarder l’avenir plutôt que le passé - mais l’un n’empêche pas l’autre, au contraire -, mais il est essentiel d’arroser les racines si l’on veut cueillir les fruits.

À la veille de la commémoration de la Déportation - le 28 juillet -, je désire parler des Acadiens de l’Île Saint-Jean (l’Île-du-Prince-Édouard). Certains diront qu’il faut regarder l’avenir plutôt que le passé - mais l’un n’empêche pas l’autre, au contraire -, mais il est essentiel d’arroser les racines si l’on veut cueillir les fruits.

L’immense ville-forteresse de Louisbourg ayant capitulé en 1758, un 26 juillet, le jour de la fête de la bonne Sainte-Anne, il ne restait plus d’obstacles pour en finir avec les autres territoires des Maritimes sous juridiction française. Il y a deux cent cinquante ans cette année, le 20 octobre 1758, huit transports de troupes chargés d’exilés quittèrent l’Île Saint Jean.

Voici un scénario plausible en se basant sur le journal de bord du capitaine Nichols du navire le Duke Williams. Imaginons le 10 décembre 1758 au large des côtes anglaises avec le froid et l’humidité et des centaines de gens enfermés dans des cales sordides où il était carrément impossible de se tenir debout dans l’enchevêtrement des paillasses, des hamacs, des coffres et des objets de toutes sortes. Oubliez l’intimité. Quelques sabords à canon et de rares écoutilles laissent entrer un peu d’air et de lumière. Le regard se lasse de cette pénombre, l’oreille s’accommode mal du grincement du navire et du bruit des manoeuvres sur le pont qui parviennent déformés, du gémissement des malades, de la toux, des ronflements... Le concert des toux sèches ou caverneuses, dont le son était réverbéré par les poutres de l’entrepont et ricochait sur les bordages, se mêlait aux pleurs des enfants. Des enfants au corps émacié qui brûlaient de fièvre, qui claquaient des dents et qui haletaient comme des soufflets de forge . Quelques morts déjà depuis le début, jetés à la mer dans de vieilles hardes lestées de boulets, sans oublier une dizaine de moribonds et d’autres atteints de grippe, de pneumonie, de pleurésie, de tuberculose, de consomption comme on disait.

Dans l’après-midi du 10 décembre, le Violet était en difficulté comme en témoignait son inclinaison à bâbord, sa lenteur et sa façon particulière de s’écraser dans la vague. Des membres de l’équipage du Duke Williams s’affairèrent à placer une pompe dans un tonneau qui dérivait maintenant vers le Violet. Mais le vent s’était levé et le capitaine Nichols ordonna de serrer la grand-voile pour ralentir l’allure du Duke Williams et la régler sur l’épave qui hoquetait. Quand la noirceur étendit ses tentacules, la mer s’agita davantage, et la nuit s’éternisa dans l’entrepont, une nuit de cauchemars et de prières pour plusieurs. On était inquiet de la fiancée, de la mère, de l’ami, du cousin, du frère embarqués sur l’autre bateau, tous ces êtres chers qui ne dormaient pas non plus, attentifs au moindre gémissement du navire.

Le jour se leva. Le Violet, à moitié démâté, penchait dangereusement. Des voiles désarticulées virevoltaient autour des mâts. Dans le brouillard, la voix ne portait pas aussi loin que la veille. On pouvait néanmoins apercevoir des bras qui s’agitaient, qui dessinaient ce qui ressemblait à des signes d’adieu. Puis un vent violent dispersa les navires et des trombes d’eau s’élevèrent de la mer. Quand le vent tomba et qu’on vit enfin sortir le soleil derrière les derniers pans de brume, la mer était jonchée de débris dont une robe carreautée enroulée autour d’un bordage et une poupée de chiffon qui flottait à côté d’un tonneau. Aucune trace de vie cependant.

Le Duke Williams aussi, agonisait, avec à la poupe un trou grand comme une roue de charrette. Durant trois jours et trois nuits, sans répit, les hommes, les femmes et les enfants se désâmèrent à résister au destin, érigeant en rituel le geste de retourner le liquide envahissant à la mer avec tout ce qui de près ou de loin pouvait ressembler à un contenant. Ils en perdirent la notion du temps; seule l’obscurité leur signalait la venue de la nuit et la lumière, celle du jour. Rejeter l’eau, encore et encore, continuellement par les sabords ou en faisant la chaîne. Heure après heure, s’engourdir de fatigue pour nier le cauchemar. Trempés jusqu’à la moelle, refaire le même geste jusqu’à l’abrutissement, s’inquiéter de l’incessant glouglou que faisait l’eau en s’engouffrant dans le ventre du navire blessé à mort et entendre ses gémissements lugubres, contempler les nuances de vert et de gris pâles, parfois parsemés d’écume blanchâtre, de ce liquide maudit et, pour certains, y vomir et y verser toutes les larmes de leur corps. Mais on approchait des côtes d’Angleterre et l’espoir était permis.

À deux reprises, des navires s’approchèrent, mais craignant sans doute une ruse de guerre, ils s’éloignèrent malgré que l’équipage ait abattu les mâts pour signifier que le navire était une épave. L’équipage quitta avec les deux chaloupes, le curé Girard aussi! Près de 360 Acadiens trouvèrent la mort et s’ajoutèrent aux quelque 300 du Violet. Quelques Acadiens survécurent sur un radeau de fortune. Sans doute que Georges Arsenault ou bien Stephen White, du Centre d’études acadiennes, pourront vous renseigner davantage et fournir la liste de ces infortunés.

Parlons maintenant d’avenir, de résistance, de résilience surtout, thèmes chers aux Acadiens dont Marie Linda Lord parle lors de conférences. Et la grande dame de l’île, Angèle Arsenault nous aide à prendre la revanche de l’histoire alors que la chanson Grand-Pré témoigne bien sûr de tragédies, mais aussi d’héroïsme, de vision, d’espoir.

AUTRES MANCHETTES
La pédiatrie sociale, un concept créé par le Dr Gilles Julien
Auteurs, visiteurs et éditeurs repartent enchantés
Des femmes d'action dans les romans d'Anne-Marie Sicotte
La crise économique préoccupe les électeurs
Assurance-emploi: plusieurs partis promettent de réduire l'attente
Un programme de surveillance de quartier à Memramcook
Motoneige: les sentiers du Nord-Ouest amputés de trois ponts
Brun-Way était dans son droit d'agir, selon la province
Un nouveau foyer de soins grâce à la générosité de deux docteurs
Tourbe: des pertes d’environ 25 millions $
Balmoral veut mesurer son vent
À la découverte de la culture malécite... du haut du mont Carleton!
Une lutte à deux?
Une candidate papier
Le bien commun versus l’intérêt privé
À la case départ
Stephen Harper se concentre sur les électeurs
Stéphane Dion refuse d'envisager sa démission en cas de défaite
La chef du Parti vert invite ses partisans de voter 'stratégique'
Pierre Saint-Laurent a le rap dans la peau
Claude Gauthier de retour
Moisson d’art croque dans les mots
Bourses d'études
  
C.P. 5536
476, boul. St-Pierre Ouest
Caraquet, (N.-B.), E1W 1B7

Téléphone : (800) 561-2255
Téléphone : (506) 727-4444
Télécopieur : (506) 727-7620
Courriel : infos@acadienouvelle.com

Cahier touristique
Semaine nationale des soins infirmiers
CONFEMEN
29e Finale des Jeux de l'Acadie
Kaboom - Édition du 16 septembre 2008
Répertoire jeunesse