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Une porte de sortie
Mise à jour le samedi 19 juillet 2008
Le fait que Morgentaler cause encore la controverse n'a rien d'étonnant. Son grand mérite est justement, aujourd'hui comme hier, de nous avoir fait réfléchir. Par réfléchir, je veux dire autrement qu'en termes tout noirs ou tout blancs, comme certaines personnes plutôt naïves.Pour moi, le droit à l'avortement est une bonne chose, mais le fait qu'on s'en serve aussi souvent ne l'est pas. C'est une soupape de sûreté, une porte de sortie quand toutes les autres, notamment la maternité pure et simple, nous sont fermées quelques fois par des raisons naturelles comme la maladie mentale ou physique, mais plus souvent par des facteurs sociaux comme le matérialisme, la pauvreté, la grande difficulté à concilier travail (ou école) et maternité et par l'étroitesse d'esprit de certains bien-pensants. Pourtant, les femmes qui subissent un avortement n'ont vraiment pas besoin des reproches d'étrangers qui n'ont jamais été dans la même situation pour être marquées, voire regretter leur geste toute leur vie. Il faut être affreusement stupide pour penser que qui que ce soit peut se débarrasser de ce qui pourrait devenir son enfant, d'une partie de son avenir, comme on se débarrasse d'un mouchoir sale. Si une femme pouvait penser ainsi, ne serait-ce pas la preuve justement qu'elle n'est pas en état de devenir mère? Les femmes qui avortent ne le font donc pas parce qu'elles ont le choix, mais parce qu'elles ne voient pas d'autres solutions et qu'elles savent bien que le monde d'aujourd'hui est franchement hostile aux familles (on n'a qu'à penser aux propriétaires qui refusent de louer aux femmes avec enfants).Parmi les bien-pensants qui ont justement stigmatisé la famille, l'Église n'est pas la moindre. Elle a considéré les femmes comme des machines à faire des bébés (à faire des garçons, évidemment!). Elle a exigé des femmes une vertu et une virginité mariales tout en s'acharnant contre les femmes qui en dérogeaient en étant simplement humaines. Une génération passée, on enfermait dans des couvents les "pécheresses", les "filles engrossées". On les cachait, on les forçait à abandonner leur enfant et celui-ci était toujours, parmi ses semblables, l'"enfant de la honte", le "bâtard". L'avortement est arrivé comme un moyen d'éviter cette honte. Voilà maintenant que les "bâtards" et les "enfants du péché" d'hier sont les "anges" et les "martyrs" d'aujourd'hui! On ne peut pas porter aux nues un "martyr" et mépriser, détester le "péché" qui lui a permis d'exister. Enfin, la nature a fait que le foetus se développe dans le corps de la femme. Celle-ci a donc, de fait, un pouvoir sur lui, qu'il soit correct ou non, autorisé par la loi au non. Même si on criminalisait l'avortement demain, les femmes enceintes qui se croient vraiment mal prises avorteraient quand même, quitte à mettre leurs vies en danger. C'est le dernier des derniers recours, l'ultime porte de sortie qu'elles prendront quand même si on essaie de la bloquer. Si vous n'aimez pas qu'elles s'en servent, cessez de leur bloquer les autres. CYNTHIA MCGRAW Tracadie-Sheila
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