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Un abandon injustifiable
Mise à jour le samedi 19 juillet 2008
Par: Jean Saint-Cyr
Dans le cas du jeune Canadien, Omar Khadr, retenu depuis six ans à la prison militaire américaine de Guantanamo, les Canadiens qui suivent les actualités ont entendu le premier ministre Harper affirmer que "M Khadr a commis un crime grave. Il faut laisser la justice américaine suivre son cours". En début de semaine, le porte-parole du premier ministre a répété les propos de son patron à qui on demandait la réaction à la diffusion de la vidéo de l'interrogatoire d'Omar Khadr à la prison américaine à Cuba.

Les citoyens du monde entier qui suivent les actualités ont vu, sur les chaînes de télévision de plusieurs pays, ce jeune Canadien interviewé par le service canadien de renseignement. Au moment où les policiers canadiens interrogent Omar Khadr, il a seize ans; il a été capturé six mois auparavant en Afghanistan par l'armée américaine. Le gouvernement américain l'a déporté et emprisonné à Guantanamo en alléguant qu'il a tué un soldat américain par le lancer d'une grenade.

L'accusation du gouvernement américain comporte plusieurs lacunes, plusieurs considérations invraisemblables.

D'abord et avant tout, l'armée américaine n'a pas respecté la convention des Nations Unies sur les enfants soldats dont les dispositions s'appliquent à Khadr. Ensuite, l'armée n'a pas encore fourni de preuve que le jeune soldat avait effectivement lancé une grenade. Il y avait au moins un autre combattant sur les lieux qui aurait pu lancer cette grenade. Et puis, même si tel avait été le cas, le soldat américain avait été tué durant une confrontation armée. Est-il nécessaire de rappeler que l'invasion de l'Afghanistan a été initiée par l'armée américaine?

En fait, le "crime" de Khadr, qui motive sa détention prolongée dans des conditions qui ne respectent pas la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, c'est d'être le fils de Ahmed Saïd Khadr, tué en 2003 dans un combat avec l'armée pakistanaise. Khadr père était recherché pour ses liens apparemment bien documentés avec Al-Qaeda et Oussama Ben Ladden. Le frère aîné du jeune Omar a été arrêté en octobre 2004 par les autorités pakistanaises qui ont reçu 5000 $ des Américains pour leur avoir remis le frère aîné, Abdullah. Un an plus tard, Abdullah Khadr a été libéré et renvoyé au Canada. Il lutte devant les tribunaux pour ne pas être extradé aux États-Unis. Si Omar Khadr, qui avait grandi en banlieue de Toronto, s'est retrouvé en Afghanistan, c'est parce que son père l'y avait amené. Fuyant les Américains qui le recherchaient activement, Ahmed Saïd Khadr s'est enfui de l'Afghanistan en laissant derrière lui le jeune fils qu'il avait forcé à le suivre.

La justice américaine elle-même a récemment rendu un jugement signifiant au gouvernement américain que les détenus de Guantanamo avaient le droit de connaître la nature des accusations qui pèsent contre eux et les éléments de preuve qui les appuient. Depuis six ans, des centaines de personnes sont détenues à Guantanamo sans savoir de quoi on les accuse, sans connaître les actes qu'on leur reproche. Ils savent seulement que les Américains les considèrent des ennemis de l'État. Comment le premier ministre du Canada peut-il prétendre qu'à Guantanamo la justice américaine suivra son cours alors que les principes naturels et élémentaires de la justice n'y sont pas respectés? Le Canada est le seul pays occidental à ne pas avoir rapatrié de Guantanamo un de ses citoyens. C'est un abandon injustifiable.

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