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Journée émotive au quai de Caraquet
Mise à jour le vendredi 16 mai 2008
CARAQUET - Roger Vienneau avait peine à fixer l'Apollo III plus de quelques secondes, hier midi. Rapidement, ses yeux devenaient humides. Il vit le départ imminent de ce mastodonte de la mer comme s'il y avait un mort dans la famille."De voir partir l'Apollo III et le Ocean Leader de Caraquet, c'est d'une tristesse incroyable pour ses membres d'équipage et leurs familles, lance-t-il, la voix ébranlée par l'émotion. Ces bateaux étaient des monuments au quai de Caraquet." Ces deux senneurs appartiennent à Barry Group depuis un an et vont quitter la Péninsule acadienne pour de bon.L'Ocean Leader est déjà bien loin depuis la semaine dernière. Il est allé se faire réparer en Nouvelle-Écosse avant de prendre la mer vers Terre-Neuve-et-Labrador. Quant à l'Apollo III, il devait larguer une ultime fois ses amarres du quai de Caraquet hier midi, pour se rendre à Yartmouth, en Nouvelle-Écosse, avant sa destination finale, en Équateur, en Amérique du Sud, pour y pêcher le thon. Une foule de curieux s'était d'ailleurs rassemblée au port, caméras à la main, afin d'immortaliser les derniers instants d'un chapitre important de l'histoire de la pêche à Caraquet. Roger Vienneau était parmi eux. Mais un problème administratif de dernière minute a gardé les moteurs de ce senneur silencieux. L'adieu est remis à plus tard. M. Vienneau est sous le choc. Il se demande bien où s'en va la pêche semi-hauturière dans la Péninsule acadienne. Il a travaillé comme membre d'équipage sur l'Ocean Leader durant 34 ans. Il en connaissait chaque coin et il faisait quasiment partie des meubles, aimait-il à dire. "Nous avons amené le bateau en Nouvelle-Écosse la semaine passée. Nous y sommes retournés lundi pour aller chercher nos effets personnels. Au retour, le capitaine Fernand Friolet pleurait et moi aussi. Depuis une semaine, je ne dors que deux ou trois heures par nuit", ajoute-t-il. Sur le navire, Joël Michon représente la troisième génération de la famille à oeuvrer sur l'Apollo III. Son grand-père Roméo l'a construit, il y a 37 ans. Son père Paul-Émile l'a piloté. Et lui sera à bord pour le dernier voyage en Acadie. "Du jour au lendemain, on se fait mettre à la porte sans le savoir. Sur le coup, ce n'est pas évident. Il y a beaucoup d'émotions. C'est le dernier départ. C'est mon dernier voyage", indique cet ingénieur âgé de 30 ans. Le fait de savoir où il sera constituera un baume à sa peine. Il sait que le navire sera entre bonnes mains. Il pourra même le suivre sur le Web. Mais ce sera un autre qu'un Michon qui sera à la barre. Ce sera bien spécial, admet-il. "Mon premier grand voyage, j'avais 4 ans et nous sommes allés à Yarthmouth. Et mon dernier passera par Yarmouth", conte Joël, qui trouve cette coïncidence bien symbolique. Le nom Apollo III vient de l'époque de la mission Apollo vers la lune. Le chiffre III est parce que c'était le troisième bateau de Roméo. Et comme cette fusée célèbre, l'Apollo III va bientôt quitter son pas de tir... pour ne plus jamais revenir. real.fradette@acadienouvelle.com
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