|
Festival de Cannes: tragiques amnésies
Mise à jour le vendredi 16 mai 2008
Par: Pierre-Yves Roger
CANNES - Massacre dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, désespoir d'une jeune mère emprisonnée à qui on a enlevé son enfant: l'heure n'était pas vraiment aux réjouissances, hier, au Festival de Cannes, dans les deux films présentés en compétition, au lendemain de la cérémonie d'ouverture.Mais Leonora, de l'Argentin Pablo Trapero, et Waltz with Bashir, de l'Israélien Ari Folman, ont toutefois suscité l'intérêt des festivaliers par leur force dramatique, avec un thème commun: des troubles de la mémoire liés à des événements tragiques. Les salles de projection du Palais des festivals se sont à nouveau remplies, alors que quelques nuages planaient au-dessus de la Croisette, et qu'Angelina Jolie, Jack Black et Dustin Hoffman, qui prêtent leurs voix à des personnages du film d'animation Kung Fu Panda (présenté hors compétition), posaient pour les photographes.Waltz with Bashir, premier film d'Ari Folman sélectionné à Cannes, est un documentaire d'animation qui relate l'expérience du réalisateur alors qu'il était soldat pendant la première guerre du Liban. De nombreuses années plus tard, à la suite d'une rencontre avec un vieil ami, Ari est surpris de ne quasiment plus se rappeler cette époque. Pour découvrir la vérité sur son passé, il part à la rencontre de camarades côtoyés à cette époque. Des souvenirs souvent douloureux, entrecoupés d'images surréalistes, commencent alors à lui revenir... Après Persépolis, prix du jury 2007, un nouveau film d'animation politique débarque donc sur la Croisette. Ce procédé original permet à Ari Folman d'aborder, d'une manière assez captivante, un sujet tragique: le massacre de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, au Liban, perpétré en 1982 par des milices chrétiennes, alliées d'Israël, à la suite de l'assassinat du président Béchir Gémayel, auquel le titre du film fait référence. Bien construit, soutenu par une bande sonore puissante, le film n'apporte pas de nouveaux éléments sur le plan historique, mais il a plus de force qu'un documentaire traditionnel, et évoque aussi la manière dont un être humain peut mettre à l'écart des souvenirs trop douloureux. Leonora, le deuxième film en compétition, hier, aborde également ce thème de la mémoire troublée. Julia (Martina Gusman), 26 ans, enceinte de quelques semaines, se réveille et découvre près d'elle le corps du père de son enfant, assassiné. Incapable de se souvenir des circonstances du meurtre, elle est incarcérée dans une prison pour jeunes mères, en attendant son procès. Elle y donne naissance à un fils, Thomas, qu'elle doit pouvoir garder auprès d'elle jusqu'à l'âge de quatre ans. Mais sa mère, Sofia (l'actrice-chanteuse Elli Medeiros), qui vivait en France, revient pour sortir l'enfant de prison. Dès lors, Julia va tout faire pour récupérer son enfant. Réalisé par Pablo Trapero, Leonora, un des deux films argentins en compétition (avec La mujer sin cabeza, de Lucrecia Martel), est un long-métrage dur, réaliste et par moments poignant. La réalisation reste toutefois très classique, alourdie par quelques longueurs.
|