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Grand ciel bleu par ici
Mise à jour le jeudi 15 mai 2008
Par: Claude Le Bouthillier
Le français parlé à Sudbury est plus préservé, si l'on peut dire; il n'y a pas ce mélange anglais-français.Du haut des airs, aux abords de Sudbury, j'aperçois quantité de lacs (330 y compris deux des plus grands d'Amérique du Nord), des rivières, une forêt boréale, des toundras, des collines en teinte minérale, le tout de toute beauté, comme on dit. Auparavant, on parlait de paysage lunaire, mais ce n'est plus le cas maintenant avec la verdure et les arbres. Un paradis de la nature et du plein air, le Grand Sudbury comprend environ 160 000 personnes, près d'un tiers de francophones, la plupart des descendants de Québécois ou de Franco-Ontariens qui venaient aussi du Québec pour la plupart. Et, bien sûr, plusieurs Acadiens en raison surtout des mines (plus forte concentration de sulfure, de nickel et de cuivre au monde). Le sous-sol est sillonné par 5000 km de tunnel. Le Big Nickel (le cinq sous) mesure neuf mètres et fait jaser partout dans le monde. Science Nord et Terre Dynamique sont deux centres scientifiques canadiens parmi les plus innovateurs avec des expériences scientifiques divertissantes, une salle IMAX et des voyages virtuels. Je me souviens d'un reportage portant sur une expérience de physique atomique. Dans le fond d'une mine de la région, on cherchait à découvrir les secrets de l'Univers en tentant de capturer des neutrinos.Les gens sont accueillants, simples et ils ont le sens de l'humour. Le thème du Salon du livre du Grand Sudbury s'inspire d'une oeuvre du regretté Robert Dickson, Grand ciel bleu par ici. Il s'en est fallu de peu qu'il vienne au Festival acadien de poésie, à Caraquet. Nous retrouvons aussi d'autres grands noms de la littérature avec Jean Marc Dalpé et Patrice Desbiens, qui ont symbolisé l'émergence de la fierté franco-ontarienne. Ce peuple en situation minoritaire s'est aussi exprimé par ses écrivains dans les années 1970, lors de l'éclosion de l'affirmation. Tout comme dans l'Acadie moderne, les auteurs et les artistes acadiens ont sonné la charge. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux ont publié chez Prise de Parole, maison d'édition de Sudbury, qui fête ses 35 années d'existence. La lutte ici, comme en Acadie, est constante. La comparaison avec le Grand Moncton-Dieppe vient à l'esprit. Si Moncton et Sudbury avaient en commun d'être plutôt des villes industrielles, l'une avec la mine, l'autre avec le CN, ce n'est plus maintenant le cas à Moncton. Le français parlé à Sudbury est plus préservé, si l'on peut dire; il n'y a pas ce mélange anglais-français. Histoire oblige. Par ailleurs, ce que je vois de Sudbury ressemble plutôt, dans l'affichage, à l'ouest de la ville de Moncton. Évidemment, la situation et le contexte sont différents. Même si les Franco-Ontariens sont plus nombreux (environ 600 000) que les Acadiens, ils sont disséminés en diverses poches géographiquement non reliées les unes aux autres et ces francophones ne sont qu'un faible pourcentage de la population de l'Ontario. Il y a aussi de fortes communautés ethniques, italiennes, finlandaises, ukrainiennes et autres, qui aimeraient aussi avoir un statut plus officiel et qui n'acceptent pas facilement le concept des deux peuples fondateurs. Et je m'imagine bien vers quelle direction linguistique se dirigent les mariages exogames. Que serait l'Acadie et le Sud-Est sans une université française, un hôpital français par rapport à Sudbury, où les hôpitaux et l'Université Laurentienne (bien sûr le collège Boréal est français) sont bilingues? On me dira que dans le coma, un enfant ou un aîné, pour ne prendre que ces exemples-là, désire obtenir le meilleur spécialiste, même s'il parle le klingon. Mais quand le patient s'éveille, la guérison est favorisée par un environnement sécurisant et familier au niveau de la communication. On me dit que depuis peu, le drapeau franco-ontarien flotte sur l'hôtel de ville. Par ailleurs, chaque nom de rue n'est pas précédé ou suivi du mot rue ou street et il n'y a pas d'accent sur les mots français, par exemple la rue Béatrice. Dire que la ville d'Orléans (Ottawa) a mené une bataille épique pour garder l'accent sur le "e". Ce sont des symboles importants. Pour ne prendre que cet exemple contrastant, la rue Paris, à Sudbury n'affiche pas beaucoup en français, mais on y retrouve sur le pont tous les drapeaux du monde; à trop être universel, on n'a plus de teinte réelle. Ce cocon anesthésiant du melting pot finit par amortir. La puissance des vitamines est sûrement moins forte sur l'identité. La réceptionniste de l'hôtel du centre-ville, où je suis descendu et qui accueille Radio-Canada et la moitié des écrivains du Salon, ne peut dire bonjour. Ça vous rappelle quelque chose? Déjà parfois en Acadie, dans mes moments de lucidité ou de découragement, je me demande si tout cela n'est pas un combat d'arrière-garde. Compte tenu de cette bonne entente à outrance, de cette dilution du sucre (la langue française) dans le café -, ce sera toujours du café, imbuvable, mais du café toutefois - que restera-t-il dans quelques générations? Ça commence bien à l'aéroport dans une publicité commerciale: Sudbury vous accueille!!! J'hésite toujours à mentionner ces choses-là, car ceux qui liront ma chronique pour la plupart sont des militants. Certains d'entre eux se désâment et ils auraient plutôt besoin d'entendre de bonnes nouvelles, mais enfin, il y a aussi des gains notables dans cette lutte constante. Il n'est pas facile (comme à Dieppe-Moncton) de faire sortir la population de sa léthargie afin qu'elle réalise le pouvoir qu'elle possède, l'apathie ou une indifférence qui restent le handicap majeur partout. Comme la grenouille dans le chaudron qui chauffe à petit feu et qui n'a plus l'énergie de sauter hors de la casserole avant qu'il ne soit trop tard. P.-S. J'aurais bien aimé visiter les mines (j'ai entendu une chanson engagée sur les mineurs, comme nous en avons sur les pêcheurs) et prolonger mon séjour, mais en deux jours surtout au Salon du livre, vous me pardonnerez de ne pas faire la chronique du siècle.
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