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Harper: héros des fédéralistes au Québec
Mise à jour le mardi 13 mai 2008
Par: Chantal Hébert
OTTAWA - Pendant dix ans, Jean Chrétien a tenté d'étouffer la souveraineté du Québec avec des symboles canadiens. Sous son régime libéral, le gouvernement fédéral a pavoisé la province de l'unifolié. Toutefois, le principe voulant qu'Ottawa puisse gagner une guerre de drapeaux au Québec a toujours été discutable.Bien avant que la campagne de propagande sombre à cause du scandale des commandites, la démarche avait insulté l'intelligence d'une bonne partie de la population québécoise. Les Québécois n'étaient pas tous souverainistes; certains d'entre eux siégeaient au Cabinet fédéral. Les libéraux ont fini par tomber dans leur guêpier postréférendaire. Stephen Harper a adopté une approche différente. En effet, il a changé de façon audacieuse les règles d'engagement du débat Québec-Canada. Plutôt que de reprendre les guerres de drapeaux des dernières années, le premier ministre a entrepris de s'approprier systématiquement les symboles nationalistes québécois et d'en faire des symboles canadiens.Il y a 18 mois, Harper a accompli son geste le plus audacieux. Le Bloc québécois ne se doutait de rien lorsque Harper lui a coupé l'herbe sous le pied. Ce dernier a subtilisé du Bloc le débat sur la reconnaissance de la nation québécoise, puis a fait en sorte que le Parlement adopte une résolution sur la question. Ce geste a neutralisé l'arme la plus létale dans l'arsenal souverainiste, soit l'argument que le reste du Canada était bien déterminé à nier le caractère distinct du Québec. Depuis, Harper ne cesse de pousser les limites. Il est revenu à la charge, la semaine dernière. Il a consterné le Bloc québécois lorsqu'il a déclaré que le 400e anniversaire de la ville de Québec était en fait une occasion de célébrer la naissance du Canada. À bien y penser, les membres du Bloc québécois n'auraient pas dû être étonnés. La résolution présentée par Harper en 2006 mentionnait clairement "au sein d'un Canada uni". Il s'avère que ce passage est un élément essentiel de la motion des conservateurs. Depuis l'adoption de la motion, le premier ministre s'emploie sans relâche à redéfinir le nationalisme québécois selon des conditions canadiennes. Dans les mêlées de presse, Harper parle toujours en français d'abord. Il célèbre la Saint-Jean à Québec et parle de "nation" dans chaque discours qu'il prononce au Québec. Lorsqu'il est à l'étranger, il fait référence aux racines françaises du Canada. Il ne se limite pas aux pays de la Francophonie. Tout récemment, lors d'un voyage en Australie et en Europe de l'Est, Harper a souligné les sources françaises du Canada. Dans une large mesure, la démarche de Harper repose sur le principe que, au Québec, un symbole vaut souvent mille mesures pratiques et que les comportements ont parfois autant d'importance que les gestes concrets. En substance, il n'a guère été à la tête d'une révolution Québec-Ottawa. Il a récemment étouffé les discussions naissantes sur la constitutionnalisation du concept de la nation québécoise. Il a donné suite aux demandes du Québec d'avoir un droit de parole à l'UNESCO en réservant une place pour un représentant du Québec à la table du Canada. Le statut provincial du Québec reste ainsi inchangé sur la scène internationale. La dernière proposition de Harper en vue de répondre à la demande du Québec visant à limiter le pouvoir de dépenser du fédéral était très décevante. Décevante à un tel point que Stéphane Dion prétend avoir fait davantage pour faire en sorte qu'Ottawa respecte la souveraineté constitutionnelle des provinces lorsque les libéraux étaient au pouvoir. Pourtant, tous les indicateurs souverainistes sont à plat. Les Québécois délaissent le Bloc québécois et appuient le NPD et les conservateurs. Les libéraux de Jean Charest mènent à l'échelle provinciale. La semaine dernière, la France a signalé son intention de mettre fin à des décennies d'ambiguïté au sujet de l'unité canadienne. Résultat: dans le gouvernement minoritaire indiscipliné, la situation du Québec n'est pas devenue un enjeu diviseur, pas au sein des partis fédéralistes en tout cas. La semaine dernière, Bob Rae a défendu la position de Harper au sujet du 400e de Québec à Radio-Canada. Jack Layton et Stéphane Dion se sont rangés du côté du premier ministre aux Communes. Faire la leçon aux Québécois sur tout ce que le Canada fait pour eux a échoué pour Chrétien. Parler de la contribution des Québécois au Canada semble fonctionner pour Harper. Tout compte fait, il a facilité la tâche des fédéralistes au Québec.
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