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L'État dans la chambre à coucher
Mise à jour le lundi 12 mai 2008
Un ministre ne devient pas une tare du fait qu'il entretient une relation affective.

Bon lundi! Il y a longtemps qu'un politicien aux fréquentations loufoques nous avait attisés avec une croustillante affaire. Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Maxime Bernier, est interpellé, comme l'est son ex-concubine, la jolie Julie Couillard. Elle traîne un passé, comme on dit. Conjointe de Gilles Giguère, un motard associé aux hauts rangs des Hells Angels, assassiné en 1996. Puis remariée à un autre motard, le "Rocket" Stéphane Sirois, dont elle divorce en 1999. Près de 10 ans plus tard, on la retrouve, main dans la main, avec le ministre Bernier, le jour de son assermentation à la direction des relations internationales du pays.

L'opposition ne pouvait pas passer à côté d'une pareille affaire qui représente aussi du bonbon pour les médias. La dernière démission d'un ministre pour cause de moeurs remonte à Robert Coates aux premières heures du gouvernement Mulroney en février 1985. Coates, alors ministre de la Défense, avait eu comme péché d'avoir fréquenté un bar de danseuses en Allemagne et avoir conversé avec une effeuilleuse alors qu'il était en possession de documents confidentiels. L'Allemagne, à cette époque toujours de guerre froide, était une plaque tournante de l'espionnage. Et les bars exotiques étaient, disait-on, des refuges par excellence pour extirper des renseignements à un officier un peu éméché. Pris sur le fait, sans qu'on puisse savoir si des secrets d'État s'étaient glissés, le ministre Coates évita tout le bavardage qui aurait pu s'ensuivre et fit la chose honorable. Il démissionna sur-le-champ. Je me souviens vaguement de l'affaire. Mais j'avais personnellement trouvé son geste de démission plutôt radical. Ce n'est pas parce qu'on participe à une soirée, dans un bar de danseuses ou ailleurs, qu'on refile des renseignements secrets. S'il faut prétendre que oui, les ministres n'ont pas fini de marcher les fesses serrées. Des soirées, ils en ont à tout bout de champ, avec des gens qui cherchent à les influencer, parfois même chez de généreux contributeurs. S'il faut présumer que des secrets d'État s'y échappent, on n'a pas fini notre paranoïa.

***

Le ministre Bernier prétend que sa vie privée ne regarde que lui. Ses collègues et son premier ministre tiennent le même discours. Le fait que son ex-copine avait des fréquentations, il y a une décennie, avec le monde interlope doit-il nous permettre de présumer de relations loufoques aujourd'hui? Il est clair que le ministre des Affaires étrangères, à titre de chef de la diplomatie canadienne, est mis au courant d'informations très sensibles sur des sujets qui pourraient intéresser le milieu du crime organisé. Le ministre a un devoir de réserve très grand. Mais de là à croire qu'il met la sécurité nationale du pays en cause en raison d'une relation affective, il y a un pas qu'il est dangereux de franchir.

Car si tel est le cas, mieux vaut s'enquérir des relations de tous, y compris des journalistes. Un tel a-t-il forniqué avec une telle, ou avec un tel! Le souper en tête-à-tête était-il truffé de compromission? Le lobbyiste, dont c'est le travail de tenter d'influencer, doit-il tenir ses distances? Et la copine qui avait des fréquentations douteuses sera-t-elle éviscérée sur la place publique comme au temps des sorcières? Un ministre ne devient pas une tare du fait qu'il entretient une relation affective. On ne peut présumer qu'il glisse des informations confidentielles à sa conjointe pas plus qu'il est autorisé à le faire avec ses amis ou encore avec les mécènes qui supportent son parti.

Le ministre des Affaires étrangères tient la barre du gouvernail de la diplomatie canadienne. Il doit le faire en tenant compte de multiples informations relatives à de multiples situations conflictuelles de par le monde. Si on veut jouer dans la rectitude politique, il lui faudra éviter de fréquenter des noires, des musulmanes, des juives, des membres des Premières Nations, et qui d'autre encore. Et, bien sûr, des danseuses.

***

Ce que je m'attends du ministre des Affaires étrangères n'est pas du ressort de sa vie privée. Cette diversion des partis de l'opposition est bien juteuse et même sexée. Mais, elle est à cent lieues du triste sort des sinistrés du Myanmar - ou de la Birmanie si vous préférez. Eux, les ex-relations amoureuses du ministre Bernier leur passent loin au-dessus de la tête. Ce dont ils ont besoin, c'est de son leadership, de sa présence d'esprit, de son engagement. Pas de ses tribulations avec une quelconque ex-concubine, aussi truculente soit-elle. Et bonne semaine.

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