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Immersion précoce: il faut des explications
Mise à jour le lundi 12 mai 2008
La récente décision d'abolir l'immersion précoce (IP) a mal été accueillie par un grand nombre de Néo-Brunswickois. L'élément central de la décision du ministre Lamrock était le rapport Croll et Lee. La décision du ministre était-elle justifiée? Nous croyons que non. Un nombre croissant de citoyens sont du même avis, pour de nombreuses raisons.D'abord, le gouvernement ne tient pas compte de l'avis des experts en français langue seconde (FLS), qui s'opposent unanimement à cette décision. M. Croll (Ph. D.) et Mme Lee ne sont pas des experts en FLS. Voici les erreurs fondamentales que nous avons relevées sur le plan des calculs mathématiques: Abandon: Croll et Lee affirment que les taux d'abandon des élèves inscrits à l'IP sont beaucoup plus élevés que ceux en immersion tardive (IT). Néanmoins, les taux ont mal été calculés dans l'ensemble du document. Lorsqu'ils sont calculés comme il se doit, les taux d'abandon sont équivalents dans les deux programmes. Aussi, l'abandon annuel (divisé par la durée totale de chaque programme) est légèrement inférieur pour l'IP que pour l'IT.Réussite: Les taux de réussite des divers programmes ont été sous-estimés dans le rapport. Au terme des programmes d'immersion, les élèves ont le choix de passer ou non un examen de compétence orale. Dans leurs calculs, Croll et Lee sont partis du principe que les élèves qui n'avaient pas subi le test n'avaient appris aucun français. Beaucoup d'élèves abandonnent l'immersion en 11e ou en 12e année. Ils n'ont pas tenu compte du fait que bon nombre d'entre eux excellent en français et ont présumé que ces élèves avaient échoué, faussant ainsi à la baisse les résultats. En évaluant le nombre d'élèves ayant atteint les divers niveaux de compétences en français (tels qu'ils sont définis par le ministère de l'Éducation), nous avons constaté que moins d'élèves en IP subissaient l'examen que ceux en IT, mais qu'ils étaient plus nombreux à atteindre les objectifs intermédiaires plus ou avancés. Si le programme de français intensif fonctionne comme il a été conçu, il est possible (mais non certain) que les élèves suivant le programme de français de base atteignent le niveau intermédiaire. Par contre, probablement moins d'élèves atteindront les niveaux supérieurs. Donc, en adoptant ce changement, on place la barre bien plus bas. Coûts: Contrairement à ce que le rapport prétend, l'IP ne ronge pas les ressources. L'immersion est rentable pour permettre aux élèves d'atteindre les niveaux intermédiaires plus et avancés. En examinant le pourcentage de financement accordé aux trois programmes d'immersion (français de base, IP, IT) par rapport au nombre d'élèves inscrits à chaque programme, nous remarquons que, par élève, l'IT coûte environ 30 % plus cher que l'IP. Regroupement selon les aptitudes (RSA): Kelly Lamrock a mis l'accent sur la façon dont le changement réglera ce problème. Manifestement, la plupart des enfants ayant des problèmes d'apprentissage ou des besoins spéciaux sont placés dans le programme de base en anglais. Il s'agit d'une situation regrettable, qui se produit pour deux raisons: les ressources nécessaires ne sont pas injectées dans le programme d'IP et on décourage les parents de ces élèves à inscrire leurs enfants en immersion. Selon M. Lamrock, abolir l'IP réduira le nombre d'élèves aux prises avec des difficultés par classe. Il ajoute qu'éliminer le RSA permettra d'améliorer les résultats des examens standardisés de la province. Rien dans le rapport Croll et Lee n'appuie ces hypothèses. D'autre part, Croll et Lee estiment que le RSA explique en partie les résultats médiocres aux examens standardisés. En revanche, leurs données n'offrent aucune preuve concrète de regroupement avant la 8e année. À ce niveau, en mathématiques, les différences sont importantes. Les élèves suivant le programme de base en anglais obtiennent les pires notes (53,7 %), ceux en IP sont au centre (64,9 %), et ceux en IT obtiennent les meilleurs résultats (68,2 %). Croll, Lee et le ministre semblent oublier le point important que le RSA pose uniquement problème UNE FOIS QUE les élèves inscrits à l'IT sont séparés des autres élèves. En d'autres mots, ils n'offrent aucune preuve démontrant que l'élimination de l'IP réglera le problème de regroupement. Leurs données révèlent exactement ce que Joe Dicks (Ph.D.) a affirmé publiquement: avoir uniquement recours à l'IT risque d'accentuer encore davantage le problème de regroupement. M. Lamrock a affirmé que son rôle est d'aider tous les enfants. Toutefois, sa décision nuit à ceux qui ont choisi l'IP. Il répète que le 20 % des élèves inscrits à l'immersion est favorisé au détriment du 80 % des élèves dans le programme régulier. L'inscription au programme d'immersion varie en fait de 32 à 24 % à l'élémentaire, passe à près de 40 % à l'intermédiaire en raison de l'ajout des élèves en IT et chute au secondaire. Par conséquent, les effets dommageables sont plus importants qu'il laisse entrevoir. Le ministre devrait plutôt investir dans l'amélioration du programme de français de base, conserver l'IP et rendre l'immersion plus inclusive en recrutant et en formant des enseignants sur les méthodes et des enseignants-ressources bilingues. Cette stratégie offre les meilleures chances pour atteindre un niveau de bilinguisme de 70 % chez les finissants du secondaire. Ce qu'il faut retenir est qu'aucun expert en FLS n'appuie la décision du ministre. M. Lamrock a affirmé que son travail consiste à "dépouiller les rapports et l'information disponibles, puis à déterminer la meilleure solution pour tous les enfants". A-t-il pris en considération le rapport de Rehorick et al. (2006), préparé par des experts en FSL, lequel recommande le renforcement de l'IP pour la rendre plus inclusive? Scraba (2002) et MacKay (2006) ont relevé des lacunes dans le programme d'IP et ont recommandé des changements pour rendre le programme plus inclusif. Néanmoins, aucun n'a recommandé l'abolition de l'IP et les deux auteurs s'opposent à l'adoption d'une solution universelle. Compte tenu de la foule d'informations à la portée du ministre, pourquoi a-t-il adopté les recommandations du rapport boiteux de Croll et Lee? Étant donné les nombreuses preuves d'experts invalidant sa décision, une explication sur l'état de l'éducation dans la seule province bilingue du Canada s'impose. DIANA HAMILTON Professeure adjointe à l'Université Mount Allison. Elle enseigne la statistique avancée aux étudiants en biologie. MATTHEW LITVAK Professeur à l'Université du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean. Il a aussi enseigné la statistique à des biologistes. Leur analyse complète du rapport Croll et Lee est accessible en ligne, en anglais, (http://hamlit2008.googlepages. com).
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