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Un ouvrage intéressant que l'on aurait souhaité plus ample
Mise à jour le samedi 10 mai 2008
Par: David Lonergan
La chronique journalistique est un art de l'instant. Elle accompagne l'actualité, cherchant à saisir l'essence de ce qui se passe dans le feu même de l'action. Puis elle disparaît, tout comme le sujet dont elle traite. Du moins, tel est le cas de la chronique politique.Pichette en pièces détachéesAvec Pichette en pièces détachées, les Éditions Perce-Neige proposent une sélection parmi les textes, les éditoriaux et les chroniques qu'a écrits Robert Pichette dans L'Acadie NOUVELLE entre 1997 et 2005, auxquels s'ajoutent quelques textes publiés ailleurs. Dans Chroniqueur acadien: mode d'emploi, publié à l'origine dans la revue Égalité en 1996, Pichette rappelle les étapes de sa "carrière" de chroniqueur, sans nécessairement préciser les dates. Après une série de textes dans L'Acadie NOUVELLE, qu'il quitte fort insatisfait du traitement que l'on impose à ses chroniques, il vit l'aventure du Perroquet. Publiée entre 1992 et 1994, ce magazine animé par Thierry Watine, alors responsable du programme d'information-communication de l'Université de Moncton, lui offre une liberté dont il profite dans les 13 chroniques qu'il y publie. En 1994, il accepte l'invitation du Telegraph Journal pour qui il écrira 85 chroniques. Suit une présence mensuelle dans le Globe and Mail durant trois ans, le retour à L'Acadie NOUVELLE comme chroniqueur et éditorialiste, jusqu'à ce qu'il décide de "prendre une vraie retraite", en janvier 2005.Les 27 textes retenus sont regroupés thématiquement plutôt que chronologiquement. L'ouvrage s'ouvre sur le texte d'Égalité et se termine par quatre des chroniques publiées dans Le Perroquet entre 1992 et 1994. Les textes de L'Acadie NOUVELLE s'ouvrent sur un hommage à la France, avec trois éditoriaux écrits pour célébrer le 14 juillet, et l'amitié franco-acadienne. Plutôt ronflants, comme le veut le genre commémoratif, ce sont des textes de circonstance. Par la suite, Pichette traite de la francophonie, de la saga des excuses, des relations Québec-Acadie, de la nomination d'Hérménégilde Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur, du 400e de l'Acadie, rend hommage à des personnalités acadiennes à l'occasion de leur décès, auxquels s'ajoutent un texte écrit à la suite de la retraite de Robichaud et un texte piquant sur les attaques dont a été l'objet Robichaud de la part des Irving (publié dans le Topo, le bulletin très occasionnel de l'Association acadienne des journalistes). Les huit textes "hommages" souffrent des circonstances de leur parution: une personnalité meurt, on loue son apport à la société et on gomme tout aspect négatif ou contestable. Pichette n'échappe pas aux limites du genre: il souligne "la passion incandescente" de Philippe Rossillon, "l'étonnante vie" du père Georges-Henri Lévesque, "la personnalité exceptionnelle" de Fernand Landry, "l'extraordinaire personnalité" de Pierre Elliott Trudeau, "la contribution exceptionnelle" de Jean-Maurice Simard, "la personnalité extraordinaire" de soeur Marie-Dorothée, et (encore) "les personnalités exceptionnelles" qu'ont été le père Anselme Chiasson et Léone Boudreau Nelson (réunis dans un même éditorial) et enfin, "la personnalité politique exceptionnelle", "l'oeuvre gigantesque" de Louis-J. Robichaud. Il est vrai que toutes ces personnalités sont hors de l'ordinaire, mais de relire de suite ces textes met en relief les redondances stylistiques que Pichette, lui-même, aurait pu s'amuser à relever. Et, tout en mettant de l'avant les multiples réalisations de ces personnalités, il ne se gène pas pour les opposer aux "ferblantiers du nationalisme tapageur" qui promeuvent "une Acadie figée dans le passé", thème récurrent qui fait les délices de ses admirateurs et suscite les dénonciations de ses détracteurs (et "victimes"). Mais le "vitriol" si cher à l'auteur est rare dans cette sélection, comme l'affirme dans sa présentation "l'éditeur" (ce court texte n'est pas signé autrement): "On cherchera vainement matière à controverse dans les pièces détachées de M. Robert Pichette". Seuls le texte dans Égalité, ceux du Perroquet, de même que les éditoriaux sur la saga des excuses et sur la nomination d'Herménégilde Chiasson, et sur une belle "gaffe" de Jean Charest (qui lui vaut une comparaison avec le célèbre Gaston) résonnent comme un écho lointain de sa plume acerbe. On referme ce court ouvrage en regrettant que la sélection soit si parcimonieuse et sans comprendre les raisons qui ont incité Perce-Neige et l'auteur à se limiter ainsi. Les essayistes sont rares en Acadie et il est dommage que dans ce cas, on se soit limité à ce qui ressemble à une introduction à la pensée de l'auteur. Pourquoi n'avoir pas traduit les textes du Telegraph et du Globe and Mail? Pourquoi les textes de la première présence à L'Acadie NOUVELLE ont-ils été exclus? Pourquoi pas tous les textes du Perroquet? Et pourquoi pas une véritable préface qui donne le contexte de l'écriture? De même, on retrouve à la fin une intéressante bibliographie de ses oeuvres et de ses articles publiés en revue, mais pourquoi les articles de journaux en sont-ils totalement exclus? Il n'en demeure pas moins que Pichette écrit bien. Sa plume est vive, son verbe précis, ses images colorées. On se laisse emporter par la lecture, appréciant la qualité de sa réflexion, la fidélité à ses idées et, surtout, son immense amour pour une Acadie moderne, tendue vers l'avenir plutôt que repliée sur son passé. Chroniqueur david.lonergan@umoncton.ca
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