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Les quarante ans d'un joyeux désordre
Mise à jour le samedi 10 mai 2008
Par: LA PRESSE CANADIENNE
QUÉBEC - L'auteur de trois livres sur la chanson québécoise et ancien président de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), Bruno Roy, s'apprête à publier un ouvrage sur L'Osstidcho, qui sera lancé le 28 mai, jour du 40e anniversaire de la première de ce joyeux "désordre", au Théâtre de Quat'Sous, à Montréal.

"Même si L'Osstidcho était plus un désordre libérateur qu'une révolution délibérée, il ne fait aucun doute qu'il était en continuité avec le soulèvement de la jeunesse de mai 1968, dont il formait une métaphore québécoise, a soutenu M. Roy. La première de L'Osstidcho a d'ailleurs eu lieu le 28 mai de cette anné-là, et la coïncidence des dates n'a rien d'accidentel!"

La genèse de ce "désordre libérateur" vaut certes un bouquin, tant elle est riche de signes et de sens. Son retentissement imprévu est tout aussi révélateur. "Ce qui n'était au départ qu'une tentative assez brouillonne s'est rapidement muée en quelque chose d'énorme. Le soir de la première, Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Mouffe et Louise Forestier étaient très inquiets, tellement ils n'étaient pas prêts! Mais tout de suite, ça a cliqué avec le public! En l'espace de six mois, L'Osstidcho est passé de la petite salle du Quat'Sous, avec ses 150 places, à la Comédie canadienne, avec ses 850 sièges, puis à la Place des Arts, devant 3000 spectacteurs enthousiastes. C'était devenu L'Osstidcho "king size"!", s'est rappelé Bruno Roy, un baby-boomer qui était donc dans la jeune vingtaine, à l'époque.

En quelques mois, un truc marginal et mal préparé allait devenir un phénomène de masse. Quoique Bruno Roy apporte une nuance. "L'Osstidcho n'a pas attiré les spectateurs de tous âges et de toutes conditions. Les salles étaient remplies par les jeunes de mon âge qui venaient de terminer leurs études et qui s'étaient ouvert l'esprit pendant l'été d'Expo 67", a-t-il fait valoir.

Moins d'un mois après la première de L'Osstidcho, le 24 juin 1968, ces jeunes Montréalais se retrouvaient au défilé de la Saint-Jean-Baptiste pour se faire taper dessus: ce fut le lundi de la matraque. "Tout cela s'inscrivait dans un mouvement de libération de la jeunesse", estime l'auteur.

Mais ce phénomène se concentrait dans les grandes villes. "À Montréal et à Québec, L'Osstidcho a déclenché l'enthousiasme. Mais en région, cela faisait peur. Dans certaines villes, les curés mettaient les gens en garde: c'était presque l'excommunication de la troupe! Le succès fut donc mitigé. Mouffe m'a dit qu'en Abitibi, la troupe avait joué devant quatre spectateurs!", a confié Bruno Roy.

Même si Robert Charlebois est considéré comme la figure de proue de L'Osstidcho, l'instigateur du spectacle fut Yvon Deschamps. "Il faut se souvenir que Deschamps a été à l'origine du Quat'Sous, qu'il a acheté avec Paul Buissonneau, en 1964. Début 1968, Deschamps s'inquiète d'un trou de deux mois dans la programmation, a raconté Bruno Roy. Comme il avait déjà fait des revues avec Charlebois et Raymond Lévesque, il a invité Robert, qui a invité à son tour Louise Forestier et Mouffe. L'instigateur, le rassembleur, c'était Yvon Deschamps."

Mieux encore, L'Osstidcho a lancé la carrière de Deschamps, selon l'essayiste. "Avant, c'était un comédien qui n'avait jamais fait de monologue, a-t-il rappelé.

Dans la revue de Clémence DesRochers, il avait inventé et joué son personnage du boss, alors que le rôle de l'ouvrier était tenu par un autre acteur. Mais comme Deschamps n'était pas à l'aise en boss, il est devenu l'ouvrier. Cela devait le conduire à son fameux monologue Les unions qu'ossa donne?, qui était totalement improvisé. Le premier soir de L'Osstidcho, le numéro ne durait que trois minutes. Le lendemain, il en faisait sept, et ça augmentait chaque soir. Deschamps s'accrochait à l'actualité. On peut dire que c'était lui, le branché politique de L'Osstidcho!"

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