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Le président Obama
Mise à jour le samedi 10 mai 2008
Par: Gwynne Dyer
Obama doit battre son adversaire au parti républicain au mois de novembre.

À supposer que le président Barack Obama tienne durant un mandat complet (4 ans) - car on part généralement du principe qu'en tant que premier président afro-américain, il sera exposé à un risque d'assassinat supérieur à la moyenne - quels sont les changements qu'il fera aux États-Unis et dans le monde? C'est particulièrement difficile à dire, dans la mesure où aucun président, depuis Lyndon Johnson, n'est entré en fonction avec si peu d'engagements en termes de politiques spécifiques. Bon, disons depuis Gerald Ford, mais aucun de ces deux hommes n'a véritablement été élu président.

Après les primaires de la Caroline du Nord et de l'Indiana, qui se sont tenues mardi, il n'y a mathématiquement aucune probabilité qu'Hillary Clinton puisse remporter une majorité de déléguée à la Convention démocrate. Par ailleurs, les sources d'argent consacrées à sa campagne sont déjà en train de se tarir. Il est inimaginable que ceux que l'on appelle les "super délégués" (ces personnalités du parti démocrate qui sont automatiquement autorisées à voter à la Convention) rejettent le verdict des primaires en choisissant Clinton. L'affaire est donc réglée.

Après avoir évincé son adversaire au parti démocrate, Obama doit battre son adversaire au parti républicain au mois de novembre. (Mme Clinton a promis de "pulvériser" l'Iran si ce pays attaque Israël; le sénateur John McCain a, lui, proposé de menacer la Corée du Nord d'"extinction".) Il sera néanmoins difficile qu'Obama soit battu alors que les États-Unis foncent vers une profonde dépression économique. Et n'oublions pas que le candidat républicain a toujours les mains liées à cause de la guerre d'Irak engagée par l'administration Bush.

Un attentat terroriste d'envergure contre les États-Unis est à peu près la seule chose qui puisse éventuellement donner une chance à McCain de devenir président. Les électeurs seraient en effet susceptibles de se réfugier auprès de ceux qui promettent la sécurité au moyen d'une guerre interminable. Al-Qaïda ne serait pas mécontente d'organiser une telle attaque: pour l'organisation terroriste, la présence de soldats américains en Irak est le meilleur moyen de trouver des recrues. Et McCain s'est dit prêt à maintenir les troupes américaines là-bas pendant 100 ans. Mais actuellement, al-Qaïda manque probablement des ressources nécessaires pour réaliser un projet si ambitieux.

Ainsi donc, Obama remportera la présidence. Et ensuite? Une longue période de grâce, en toute probabilité... Car les Américains se féliciteront d'avoir transcendé leur héritage raciste, ce qui supposera que M. Obama aura plus de chance que la plupart des nouveaux présidents de changer le fonctionnement d'un certain nombre de choses. En outre, il pourra probablement compter sur des majorités démocrates dans les deux chambres du Congrès.

Mais d'un autre côté, il héritera d'une économie dévastée et d'une défaite militaire. Si bien que ses possibilités d'opérer des réformes coûteuses dans le pays ou encore de prendre des actions radicales à l'étranger seront réduites. Ramener les hommes postés en Irak prendra plusieurs années et lui coûtera beaucoup en termes de crédibilité politique nationale, même si, sur le plan international, cette initiative aura pour effet de redorer le blason des États-Unis. Par ailleurs, il ne pourra pas réduire au même moment les dépenses militaires astronomiques. Dans un premier temps, il ne bénéficiera donc d'aucune "prime de paix" au plan fiscal.

À court terme, un président américain ne peut pas faire grand-chose contre une récession, si ce n'est attendre qu'elle passe. Comme Bill Clinton en son temps, Obama devra se charger de combler l'énorme déficit budgétaire que lui ont laissé ses prédécesseurs républicains. À court terme, il peut seulement revenir sur les mesures de Bush qui ont consisté à réduire considérablement les impôts des riches. Entre temps, que peuvent faire d'autre les démocrates, qui ne soit pas trop coûteux?

Réparer les violations des droits constitutionnels des citoyens américains et des droits de l'homme des personnes n'ayant pas la nationalité américaine, à l'initiative de l'administration Bush. Fermer Guantanamo, mettre fin au soutien officiel à la torture et rétablir les libertés civiles qui ont disparu depuis le Patriot Act et les législations subséquentes. Voilà des mesures prioritaires dont le coût est pratiquement nul. De même, la mise en place d'un véritable programme de couverture santé ne supposerait pas un grand investissement dans les premières années, à condition de mettre fin à la mainmise des compagnies d'assurances sur tout le secteur de la santé.

Pendant sa campagne, Barack Obama n'a pas vraiment fait part de son programme sur ce sujet (quant à Hillary Clinton, hantée par l'échec de son époux qui, lors de son premier mandat présidentiel, a tenté de réformer le système de santé, en a dit encore moins). Mais le fait qu'environ un sixième de la population américaine n'ait pas accès à des soins de qualité dans un pays démocratique aussi riche est un échec d'autant plus sidérant. M. Obama a suffisamment voyagé pour en prendre toute la mesure.

L'homme travailleur qui affectionne les armes, conduit des camions et ne jure que par la restauration rapide n'est peut-être pas très convaincant, mais il reste le candidat des pauvres, bien que de nombreux blancs ne le reconnaissent pas comme tel. Aucune réforme n'améliorerait la situation des pauvres autant qu'un système de santé global et gratuit. Il nous a donné quelques indications sur ses intentions, mais quelque chose me dit qu'en matière de politique nationale, ce dossier sera sa première priorité. Et il n'est pas du tout exclu qu'il réussisse à mener à bien cette réforme.

Chroniqueur

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