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Birmanie: la junte fait la sourde oreille
Mise à jour le samedi 10 mai 2008
Par: AP
RANGOON, BIRMANIE - Sourde aux appels de la communauté internationale, la junte au pouvoir en Birmanie a refusé, hier, d'ouvrir les portes au personnel humanitaire pour aider les victimes du cyclone, qui a fait au moins 60 000 morts et disparus, et plus d'un million de sans-abri. L'arrivée de trois jours de fortes pluies prévue en fin de semaine prochaine risque encore d'aggraver la situation.Un bras de fer oppose les généraux aux Nations Unies, dont le Programme alimentaire mondial (PAM) a brièvement suspendu son aide après la confiscation de ses deux chargements parvenus jusque-là, dont 38 tonnes de biscuits hautement énergétiques, selon le porte-parole du PAM à Bangkok, Paul Risley. Deux vols devaient partir samedi et les négociations continuaient. Le porte-parole du gouvernement, Ye Htut, a assuré que les autorités avaient voulu distribuer l'aide "sans retard". Les généraux ont par ailleurs finalement autorisé la venue d'un avion-cargo américain, selon Washington qui aimerait y voir le début d'une ouverture.Les Nations Unies estiment qu'un million et demi d'habitants ont été "gravement affectés" par le cyclone Nargis du 3 mai, qui a fait selon les autorités birmanes au moins 23 335 morts et 37 019 disparus. L'ONU devait lancer un appel de fonds d'urgence pour les six prochains mois. La faim et les épidémies menacent, et certaines zones sinistrées sont très difficiles d'accès. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état de cas de diarrhée et de dysenterie, mais le régime militaire campe sur son isolationnisme, à la veille d'un référendum constitutionnel contesté par l'opposition. Il soutient que le meilleur moyen de l'aider consiste à lui dépêcher du matériel, pas des hommes, et a renvoyé à l'expéditeur un avion-cargo dans lequel l'aide était accompagnée, sans autorisation préalable, par une équipe de secours et des médias. Le personnel birman et étranger des organisations humanitaires sur place avant le cyclone assiste déjà les sinistrés mais depuis samedi les nouvelles demandes de visa restent sans résultat. Le PAM dit en avoir déposé dix. John Holmes s'est déclaré "extrêmement frustré" par ce blocage administratif, "mais nous n'avons pas d'autre choix que d'essayer de les persuader", a-t-il expliqué. Des villages entiers du delta de l'Irrawaddy, la région la plus durement frappée par Nargis, se trouvent sous les eaux. "Beaucoup (de cadavres humains et animaux) ne sont pas enterrés et traînent dans l'eau. Ils ont commencé à pourrir. La puanteur dépasse tous les mots", constate Anders Ladegaard, secrétaire général de la Croix-Rouge danoise, arrivé à Rangoon, hier . Vingt mille sacs seront distribués à des volontaires pour ramasser les dépouilles mortelles. Ce responsable a aussi témoigné des difficultés pour "acheminer l'aide dans le pays, puis dans le delta". "Il n'y a presque pas de bateaux ou d'hélicoptères, c'est vraiment une opération cauchemardesque à organiser." Des milliers d'enfants pourraient être devenus orphelins, des milliers de victimes se serrent dans les monastères bouddhistes, et Action contre la faim s'inquiète pour les rizières. "La région du delta est connue comme étant le grenier du pays, et le cyclone a frappé avant la récolte. Si la récolte a été détruite", prévient l'organisation, "cela aura un impact dévastateur sur la sécurité alimentaire de la Birmanie".
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