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Francine Ouellette: l'histoire en quête de vérité
Mise à jour le samedi 11 octobre 2008
Par: Roy, Martin
CARAQUET - Nous avons souvent l'impression que nous connaissons tout de l'histoire de notre pays. À en croire la romancière Francine Ouellette, ce n'est pas tout à fait vrai.

L'histoire est en fait pour elle un diamant brut qu'elle cisèle au gré de ses recherches et qu'elle réinterprète à travers la vie de ses personnages. Ses héros sont des gens "ordinaires", un contraste avec ces géants aux gestes héroïques auxquels nous avons dédié des rues, des monuments ou des villes. Un seul fil conducteur: la quête de vérité.

Ex-enseignante en arts plastiques et pilote de brousse, Francine Ouellette se passionne d'histoire depuis plusieurs années. Pratiquement tous ses romans, d'Au nom du père et du fils à Le Grand Blanc, sont marqués du sceau de ses découvertes sur le passé de son pays.

"L'histoire, c'est un peu comme un héritage que nos ancêtres nous ont laissé. Nous pouvons apprendre des erreurs du passé, mais aussi des bons coups. Mais moi, je me suis toujours posé la question à savoir comment les gens ordinaires ont vécu les guerres, les épreuves, les victoires. Après tout, c'est le monde ordinaire qui a subi l'histoire", explique Francine Ouellette au cours d'un entretien.

La romancière confie qu'elle a une affection particulière pour les écrits de Champlain, l'un des grands fondateurs de la Nouvelle-France. Mais elle se plaît aussi à fouiller dans les écrits de marchands, de brigadiers, de paysans. Les apprentissages qu'elle y fait sont parfois surprenants, et un peu désolants à certains égards.

"Quand tu fouilles dans l'histoire, tu réalises qu'il n'y a pas eu beaucoup de changements. Le scandale des commandites, ça ne date pas d'hier! (rires) L'intendant de la Nouvelle-France, François Bigot, a exercé un contrôle absolu sur le marché du bois pendant un certain temps. Il gonflait artificiellement les prix pour que lui et les riches s'en mettent plein les poches, alors que les familles et les gens pauvres de la colonie ne pouvaient y avoir accès. C'était une denrée essentielle pour leur survie! J'ai aussi appris qu'avant l'arrivée des Français, de nombreuses tribus amérindiennes d'Amérique du Nord commerçaient entre elles par les eaux depuis 4000 ans", explique Francine Ouellette.

Des histoires comme ça, Francine Ouellette en a encore plusieurs autres. En entrevue, elle parle du comte de la Galissonnière, gouverneur de la Nouvelle-France en 1748 qui aurait eu l'idée le premier, avant Lawrence et Monckton, de la Déportation des Acadiens. Elle parle aussi avec quelques rires nerveux de cette bourgeoise de Montréal qui s'est fait flouer par Bigot alors qu'elle le croyait son grand ami. Sa voix prend une couleur mélancoli-que lorsqu'elle raconte la triste histoire des paunis, une petite tribu amérin-dienne qui a été réduite à l'esclavage par de riches habitants de la Nouvelle-France, même par des religieux.

"Cette pratique était tellement courante que l'expression "avoir un pauni" était synonyme d'avoir un esclave dans le vocabulaire du temps", indique Francine Ouellette, visiblement encore secouée par cette récente découverte.

Pas étonnant qu'après Bip, un récit fantaisiste publié en 1995 et qui marquait le champ du cygne de l'écrivaine - du moins, c'est ce que tout le monde croyait - elle ait décidé de signer son retour au roman historique en 2004 avec La rivière profanée, le premier de six tomes de sa série Feu. Durant sa longue pause, Francine Ouellette précise qu'elle n'était pas inactive pour autant. Son nouveau personnage principal, Pierre Vaillant, un paysan voyageur et marchandeur, a commencé à poindre au bout de sa plume au gré de ses nouvelles trouvailles historiques.

"Ça prend un certain temps avant que j'habite un personnage. Quand je commence à le sentir, là, plus rien ne peut m'arrêter", atteste Francine Ouellette.

À travers les yeux de Pierre Vaillant, l'auteure assouvit son désir de vérités historiques. L'imaginaire et le réel - documenté - marchent donc en parfaite symbiose à travers les mots de la romancière. Pierre Vaillant lui permet aussi de trancher sur une idée reçue, l'un des plus affreux stigmates de l'histoire officielle du Canada.

"L'histoire nous a appris que la majorité de nos ancêtres étaient des criminels. Ce n'est pas tout à fait vrai. Environ 80 % de ces "criminels" faisaient la contrebande de sel en France. Le roi français avait décidé à cette époque que le sel, un aliment essentiel pour tout le monde, pour conserver les légumes, les poissons et les viandes, était une denrée royale.

Il a donc surtaxé le sel, afin que les paysans ne puissent plus en avoir. La contrebande a commencé là. Ce n'était rien de méchant! Quinze pour cent de ces mêmes "criminels" étaient des braconniers.

En fait, les paysans ne pouvaient chasser sur les terres du roi ou des seigneurs. Dès que quelqu'un était pris à "braconner", ou encore à faire la contrebande de sel, la punition était la même, cruelle et sans appel: l'exil vers la nouvelle colonie de Nouvelle-France. Mon personnage de Pierre Vaillant vient de là, de ces gens qu'on a pris pour des criminels", exprime Francine Ouellette.

En bref... Les gens intéressés peuvent rencontrer Francine Ouellette au Salon du livre de la Péninsule acadienne, à Shippagan. Ce soir, elle prononcera une conférence sur le troisième et plus récent tome de sa série romanesque Feu, Fleur de lys, lancé en 2007. La conférence porte le titre "Fleur de lys: une fresque historique émouvante, empreinte de passion et de courage..."

martin.roy@acadienouvelle.com

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