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L'habit ne fait pas le moine
Mise à jour le vendredi 10 octobre 2008
Par: Savoie, Danielle
Le choix d'un premier ministre ne devrait pas reposer sur le charisme ou l'image des candidats aspirant à devenir chefs du gouvernement, mais bien sur leurs politiques sociales et économiques.

C'est justement sur l'image "réformée" de Stephen Harper que les stratèges en communication ont misé pour convaincre l'électorat canadien qu'il ne devait pas craindre les politiques à droite du premier ministre.

Sur le site Internet du Parti conservateur, on peut apprendre que le premier ministre est "un écrivain en devenir". C'est l'écrivain Yann Martel qui va être content d'apprendre ça, lui qui, depuis un an, envoie régulièrement des livres au premier ministre dans le cadre de la campagne "que lit Stephen Harper". On apprend aussi qu'il aime le curling, le rock et qu'il joue du piano!

Malheureusement, l'habit ne fait pas le moine, malgré une image plus décontractée, celle d'un père de famille, d'un homme à la voix posée, calme et même souriant, Stephen Harper reste fidèle à lui-même.

En dépit de tous les efforts de son entourage pour le faire paraître sous un jour meilleur, il est difficile d'oublier les origines du chef du Parti conservateur. Il a été formé à l'école du Parti réformiste. Il est membre fondateur de cette formation politique et a siégé comme député. Par la suite, il est devenu président de la National Citizens Coalition, un groupe lobbyiste de droite qui milite contre l'intervention de l'État et favorise la privatisation. Ensuite, il est revenu en politique active sous la bannière de l'Alliance canadienne.

Cette campagne électorale s'est beaucoup jouée sur l'image des chefs. D'entrée de jeu, les conservateurs ont tout fait pour ridiculiser le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, ils lui ont tapé dessus à tour de bras. Cette tactique est beaucoup utilisée aux États-Unis, où on dénigre la personne et on ne discute pas du programme et des grandes questions. Pendant toute la campagne, nous avons été bombardés de messages négatifs pour nous convaincre que Stephen Harper est l'homme de la situation.

Même avec tous ces efforts et l'argent englouti en publicité, le premier ministre n'a pas réussi à imposer les enjeux de cette campagne. La crise économique, que traversent nos voisins du Sud et qui a des répercussions partout dans le monde, est devenue le principal enjeu de cette campagne, malgré l'entêtement de Stephen Harper à dire que l'économie canadienne va relativement bien et de lui faire confiance.

Contrairement aux autres partis politiques, les conservateurs ont attendu à mardi, cette semaine, pour dévoiler leur programme électoral. Ceci est fort inquiétant. Les électeurs et les électrices ont le droit de savoir au début de la campagne quelles sont les positions de tous les partis politiques. Ceci reflète un style de plus en plus courant en politique qui veut que le public fasse une confiance aveugle aux chefs politiques.

Trop souvent les partis politiques cachent leurs vraies intentions pour se faire élire, ils n'osent pas proposer de mesures impopulaires durant l'élection. Cependant, une fois élus, ils introduisent des politiques et des programmes dont ils n'ont jamais parlé durant l'élection. Le gouvernement Harper a fait cela et on a vu le même phénomène au Nouveau-Brunswick avec les propositions de polytechniques, l'immersion et maintenant la réforme fiscale.

Les stratèges du parti n'avaient pas prévu non plus que le vent allait tourner et qu'ils feraient face à une vague de mécontentement en pleine campagne. Les réductions au financement des arts leur ont fait perdre des plumes. Les artistes d'un bout à l'autre du pays se sont mobilisés et ont utilisé leur art pour faire passer leur message.

Le mouvement Anything but Conservative, le ABC, lancé par le premier ministre terre-neuvien, a aussi trouvé des appuis ailleurs au pays. Le premier ministre Danny William ne s'est pas gêné pour dire sur toutes les tribunes qu'il n'a pas confiance en Stephen Harper. Et pour cause! Le premier ministre a renié l'accord atlantique, des milliards de dollars pour l'économie terre-neuvienne qui se sont envolés en fumée.

Le Parti conservateur de Stephen Harper n'a plus rien en commun avec le Parti progressiste-conservateur. Le bilan du premier ministre en deux ans de pouvoir n'est pas très progressiste. Il y a l'abolition du Programme de contestation judiciaire, qui a été restitué en partie sous la menace d'une poursuite judiciaire de la part des organismes francophones du pays. Et puis, dans la même foulée, le gouvernement a effectué des compressions massives à Condition féminine Canada. Les critères de financement aux groupes de femmes ont été changés, réduisant au silence ces organismes. Plus question de dénoncer les politiques du gouvernement sous peine de perdre leur financement. Et, on a dû dire adieu au Programme national des services de garde.

Lors de cette campagne, certains ont parlé de la "harpercrasie" pour décrire le côté contrôlant du premier ministre - mardi prochain, il ne faudrait pas que la harpercrasie prenne le dessus sur la démocratie". Allez voter!

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